Pour la première fois depuis l’élection de Narendra Modi au poste de Premier Ministre, je retournais à Delhi. Ce déplacement était l’occasion pour moi de discuter avec la communauté d’affaires française de la capitale indienne et de me faire une idée de ce que nous pouvions attendre de cette prise de pouvoir qui n’avait pas connu son pareil depuis 1984.

Ce n’était pas arrivé depuis trente ans ! Un homme, “NaMo” comme on l’appelle ici, se présentait avec autorité en véritable leader et prenait la tête d’un pays qui cumule aujourd’hui tous les déficits sur le plan économique.

Disposant d’une majorité absolue, il pourra gouverner sans avoir à composer avec les partis régionaux. Il tentera surtout de satisfaire les attentes très fortes d’une société frustrée par une croissance faible (inférieure à 5 %) et une corruption généralisée qui n’ont pas permis à l’Inde de devenir la puissance économique à laquelle aspiraient, notamment, les 100 millions de nouveaux électeurs.

Un seul mot d’ordre émane du discours de Modi : “Développement”. Trois filières vont bénéficier en priorité de sa volonté de relancer l’économie : les infrastructures, l’énergie et l’industrie, et trois angles d’attaque vont façonner son plan d’actions : la lutte contre l’inflation (elle est encore à 8,5 %), la baisse des déficits (public et balance courante) et l’amélioration du climat des affaires en général.

Ces dernières semaines ont montré que les marchés ont déjà répondu favorablement à l’arrivée de Modi comme Premier Ministre. Le SENSEX (CAC40 indien) a pris plus de 25 % depuis le début de la campagne électorale, la Roupie indienne s’est renforcée avec une prévision du taux de change à INR 55 pour 1 US$ d’ici la fin de l’année 2014.

Reste la question épineuse des IDE (les Investissements Directs Étrangers dans des entreprises indiennes). Dans son manifeste le BJP, parti désormais au pouvoir, a été relativement clair. Les investissements étrangers seront favorisés dans l’industrie et sur certaines niches mais pas dans les services (par ex. les assurances). Les IDE risquent également d’être encouragés sur certains produits alimentaires afin de réduire l’inflation que connait le panier moyen de la ménagère indienne, composé à 40 % de ces produits.

D’autres secteurs tels que le e-commerce seront traités aux cas par cas, avec une pression très forte de la part des principaux acteurs de cette filière qui jouent parfois leur survie alors qu’ils n’ont pas encore atteint la maturité. Les multiples mouvements (acquisitions, nouvelles mises de fonds) de ces dernières semaines en sont une preuve. Cette ouverture aux IDE dans certains secteurs peut néanmoins paraitre inéluctable si l’on considère que l’Inde en particulier, et le sous-continent indien en général (SAARC), sont aujourd’hui les régions les moins ouvertes du monde en matière d’échanges économiques.

La réussite de Modi résultera probablement dans sa capacité à mettre en place une gouvernance solide qui lui permettra de garder le contrôle sur les dossiers les plus sensibles et d’accélérer les prises de décisions. Les premiers signaux envoyés aux Indiens et aux étrangers vont plutôt dans ce sens. Les prochaines semaines et prochains mois nous diront si la tendance se confirme.

Loic Lecomte | Conseiller Senior – Arsha Consulting

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