“25% de toutes les prescriptions écrites au Royaume Uni ont une origine indienne” fit remarquer Jon Mowles, Spécialiste des Sciences de la vie au département de Commerce et d’Investissement du Royaume Uni, à la conférence de Bangalore sur les Biotechnologies le 9 février 2016. Acteur incontournable de la chaîne d’approvisionnement de nombreux pays, l’Inde est non seulement compétitive, elle se targue en outre de talents scientifiques hors pair et de technologies de pointe. L’Inde se positionne dès lors en centre extrêmement prometteur pour l’industrie des biotechnologies pour les décennies à venir.

Arsha Consulting met en relief les facteurs et chiffres clés de ce secteur en expansion.

Un acteur global en biotechnologie

L’Inde tient une part de 2% de l’industrie mondiale de biotechnologie, et 8% de la production pharmaceutique mondiale. Les génériques indiens représentent 20% des exports mondiaux en volume de génériques de marque. Le pays détient le deuxième plus grand nombre d’usines approuvées par l’Administration des États-Unis de médicaments et alimentation (USFDA) au monde, après les États-Unis, et est le premier producteur de vaccin recombinant contre l’Hépatite B. Le pays a d’ailleurs annoncé dernièrement le développement du premier vaccin contre le virus Zika, actuellement en train d’être testé.

L’Inde est également ouverte aux partenariats étrangers afin de continuer à enrichir sa production et sa recherche. Le Centre pour la Commercialisation d’Anticorps et Biologiques (CCAB) du Canada produit actuellement des traitements contre le cancer reposant sur des anticorps en partenariat avec Zydus Cadila, la cinquième entreprise pharmaceutique en Inde.

Le groupe pharmaceutique français Sanofi SA a acheté Shantha biotechnics en 2009 et est en train de faire construire une usine qui produira 60 million de cartouches d’Insuman par an, un investissement de 4,6 milliards de roupies. Les cartouches d’Insuman sont de l’insuline de traitement de diabète.

Bristol-Myers Squibb et Sungene International, la filière de recherche de Biocon, ont annoncé une prolongation de cinq ans de leur collaboration sur la découverte et le développement de médicaments en Inde.

Présent à la conférence Bangalore India Bio, James Hogg de GSK a décrit l’usine pharmaceutique à venir au Karnataka, résultant d’un investissement de 10 milliards de roupies par le groupe. Cela faisait quinze ans que GSK n’avait ouvert d’usine.

Les IDE cumulés dans le secteur sont de 13 milliards de dollars, soit 5% des IDE entrants des quinze dernières années.

Un énorme marché à percer

Selon la Indian Brand Equity Foundation (IBEF), environ 800 entreprises constituent actuellement l’industrie biotechnologique du pays. La Biopharma contribue à 64% au chiffre d’affaires, suivi des bioservices (18%), de la bioagri (14%), de la bioindustrie (3%), et de la bioinformatique (1%). L’industrie pharmaceutique indienne augmente à un taux annuel moyen de 20%. De 6 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2005, le secteur pharmaceutique a atteint les 20 milliards en 2015 et il est estimé que ce chiffre double largement pour atteindre les 45 milliards de dollars en 2020.

Avec une demande domestique solide et de faibles coûts de production, le marché pharmaceutique indien est le troisième mondial en volume et le treizième en valeur. 72% de ce marché sont les médicaments génériques – soit 8% du marché mondial de génériques, 20% sont les médicaments OTC et les 9% restants sont les médicaments brevetés.

Ces données, déjà impressionnantes, ne sont qu’un petit aperçu des besoins indiens qui, malheureusement, sont encore loin d’être pris en charge en matière de santé. Selon Dr Shyam Vasudev Rao, fondateur de Forus Healthcare, seuls 10% des besoins ophtalmologiques sont traités dû à des contraintes de temps, de distance ou encore de prises de conscience. Dans le même esprit, Dr Anand Madanagopal, fondateur et PDG de Cardiac Design Labs remarque que l’inde n’a que 6500 cardiologues pour 64 million de patients cardiaques dans le pays, et 20% du fardeau mondial des maladies mais seulement 6% des lits d’hôpitaux. L’Inde est en passe de devenir la capitale mondiale du diabète d’ici 2020, a rappelé Dr S.R. Subrammaniyan, professeur de chirurgie vasculaire au Madras Medical College.

Une industrie en transition

L’industrie des sciences de la vie est impactée par des besoins changeants de patients, l’émergence de nouvelles spécialisations et des règlementations de plus en plus strictes. Du côté de la technologie, des équipements permettant aux patients de suivre et gérer leurs données de santé – qui peuvent ensuite être transmis à des professionnels de santé – ouvre la voie vers des consultations et recommandations à distance.

De nombreux professionnels de l’informatique se penchent sur la mise en service de leurs ressources et expertise au profit de l’innovation dans le domaine des soins. Infosys propose d’impliquer les patients à travers des appareils connectés et l’analyse des données en temps réel comme axes d’évolution. Selon Dr Kiran Mazumdar Shaw, PDG de Biocon, cette initiative provident davantage du secteur informatique que de celui des biotechnologies, or les deux sont nécessaires à la mise en œuvre du changement. D’autres leaders d’opinion soutiennent cette transition également. Dr Paul Salins, Directeur Médical et Vice-Président du Mazumdar Shaw Cancer Center a annoncé que la médecine personnalisée serait l’avenir du traitement du cancer, l’analyse génomique permettant la caractérisation des tumeurs. Dr Binay Panda, à la tête de Ganit Labs Bio-IT Center fait lui aussi l’apologie des données lisibles, compréhensibles et interprétables. Les données collectées lors d’essais cliniques permettent de comprendre le taux de succès de médicaments, pour diverses maladies, permettant au praticiens et aux décisionnaires de travailler plus efficacement.

D’autre part, les changements liés à l’ère du digital permettent aux entreprises pharmaceutiques de réduire leurs coûts. L’accessibilité de données médicales, notamment d’historiques de santé, de génomiques et de données cliniques de patients connectés signifie que la production de médicaments peut être intégrée, ainsi que les essais cliniques, dans un environnement de biotechnologie plus rentable que jamais. Ces solutions extensibles permettant des soins en temps réel et à coûts modérés sont particulièrement adaptées au contexte indien.

Avenir de la biotechnologie indienne

Dr Kiran Mazumdar Shaw prévoit que le défi de l’avenir pharmaceutique des biotechnologies en Inde sera de développer des traitements complexes dans le pays, à un coût abordable. Les entreprises indiennes s’y appliquent d’emblée.

Le fabricant indien de vaccins Immunologicals Limited (IIL), basé à Hyderabad, est en train d’installer une nouvelle usine de production de vaccins à Pondicherry pour un investissement de 3 milliards de roupies. C’est la quatrième usine d’IIL, les trois autres sont à Hyderabad et à Ooty.

Le Bhabha Atomic Research Center (BARC), au travers de son Centre pour l’Incubation de Technologies (BARCIT), a signé un accord avec M/S Veena Industries, à Nagpur, pour l’incubation de technologies pour des emballages biodégradables et mangeables pour l’alimentaire et le pharmaceutique.

Aurobindo Pharma a annoncé que son conseil d’administration avait validé la proposition de joint-venture avec Tergene Biotech, une entreprise de développement de vaccins basée en Inde.

Dr Mazumdar Shaw a également mentionné que l’Inde était encore dans une approche très imitative dans cette industrie, et pas assez créative et innovante, mais que cela commençait à changer. Le gouvernement du pays a en effet pris certaines initiatives pour améliorer le secteur des biotechnologies en Inde et lui offrir un plus grand terrain de recherche. Le département de la biotechnologie (DBT), ainsi que d’autres institutions financées par le gouvernement telles que le bureau national de la biotechnologie (NBTB) et d’autres représentants autonomes du secteur des biotechnologies travaillent ensemble de façon à projeter une image de l’Inde comme centre international d’excellence et de recherche en biotechnologie.

A titre d’exemple, le gouvernement indien tente de faire croître le nombre de start-ups du secteur à deux mille sur les deux ou trois prochaines années et prévoit de lancer un fonds de capital-risque de dix milliards de roupies dans le département des pharmaceutiques, afin d’aider les start-ups dans la recherche et le développement de cette industrie.

Dans le but de promouvoir l’infrastructure et le cadre règlementaire, le gouvernement indien prévoit d’établir une autorité nommée Biotechnology Regulatory Authority of India (BRAI) et une agence centrale de laboratoires de tests réglementaires et de certifications. Des voies de facilitation et d’accélération des IDE devraient aussi soutenir l’industrie pharmaceutique.

Des directives nationales pour la recherche liée aux cellules souches ont été établies afin de promouvoir un environnement sécurisé et éthique dans le domaine.

Les perspectives abordées dans cet article ont été tirées de réflexions partagées par certains des leaders d’opinion clés de l’industrie biotechnologique à la conférence Bangalore India Bio tenue au Lalit Ashok hotel de Bangalore, du 9 au 11 février 2016.

Amelie Chodron de Courcel | Senior Consultant International Trade
Arsha Consulting

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