D’après le dernier rapport de la Banque mondiale (Janvier 2016), l’Inde se démarque comme étant l’économie qui croît le plus rapidement au monde, et il est estimé qu’elle restera en tête pour les trois prochaines années. À l’inverse, le rapport publié bi-annuellement note que les estimations de croissance de 2015 ont été revues à la baisse pour plus de la moitié des pays en développement. En effet, avec une croissance déjà à 7,3% cette année, l’économie indienne devrait croître de 7,8% l’année prochaine, et les deux années suivantes de 7,9%.

Arsha Consulting vous détaille les points importants du rapport de Perspectives Économiques Mondiales [PDF – 17 MB] de la Banque Mondiale, en se penchant sur le sous-continent indien et son environnement commercial.

Un rayon de lumière dans un contexte terne

Alors que les perspectives continuent de se dégrader dans les pays en développement, le commerce international ralentit, les marchés financiers sont de plus en plus volatiles et les flux de capitaux diminuent. Des facteurs externes aussi bien qu’internes ont tous deux contribué au ralentissement de la croissance des pays en développement en 2015, à 4,3%, année la plus faible depuis 2009.

Dans les pays émergents et en développement, le ralentissement constant de la croissance s’est traduit par des baisses de prévisions de croissance, les plus gros marchés émergents faisant l’objet des révisions les plus significatives à long terme. Les facteurs explicatifs incluent les faibles prix des matières premières, un commerce international au ralentit et une faible croissance de la productivité ». En outre, les pays en voie de développement devront vraisemblablement faire face à des coûts d’emprunts en hausse causé par l’accroissement des taux d’intérêt américains.

Cependant, force est de constater que l’Inde n’est pas seulement une exception à l’échelle internationale mais aussi au sein d’économies à croissances a priori comparables : quatre des cinq pays BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) voient, eux, leur croissance ralentir.

En effet, la croissance chinoise, en phase de transition alors qu’elle amoindrit le poids relatif de l’import et des matières premières dans son positionnement économique, continue de ralentir. Le Brésil et la Fédération Russe ont tous deux une inflation qui dépasse leurs objectifs et des finances publiques qui se détériorent. L’Afrique du Sud, quant à elle, voit sa croissance freinée par une distribution énergétique peu fiable.

A l’inverse, la croissance indienne est restée robuste. Les marchées en bourse et monétaire se sont montrés résilients au cours de l’année écoulée. Malgré le contexte de volatilité, et la croissance économique a été accélérée par l’impact positif de la récente chute du prix du pétrole sur les revenus réels. Par ailleurs, la baisse de l’inflation qui touche le secteur alimentaire - puisque l’Inde a une part relativement large d’alimentaire dans son panier de consommation - a fait baisser l’inflation générale du pays.

L’amélioration du contexte indien rayonne sur le reste de l’Asie du Sud - région à la croissance la plus forte parmi les régions en développement avec une croissance projetée à 7,5% en 2016-18 partants de 7% en 2015. Les réformes politiques internes ont limité les vulnérabilités et les déficits fiscaux ont fondu de façon générale en Asie du Sud, suite à la réduction des subventions énergétiques et des efforts de politique interne. En Inde, cette consolidation fiscale a servi les dépenses d’investissements.

Les spécificités indiennes en jeu

Bien que la dynamique industrielle se soit estompée en Inde, les investissements augmentent avec un élan gouvernemental vers des investissements en infrastructure - surtout les routes, le réseau ferroviaire et l’infrastructure urbaine.

Les deux années consécutives de sècheresse ont fortement touché le secteur agricole, avec des répercussions sur les prix qui ont commencé à se ressentir vers la fin de l’année, mais les restrictions fiscales limitent les pressions du côté de la demande. Une baisse de l’inflation a permis aux banques centrales de couper les taux d’intérêts afin de soutenir la production. La consolidation fiscale a également permis de réduire le déficit du gouvernement central d’un pic à 7,6% en 2009 à près de 4% du PIB cette année. En parallèle, l’Inde ainsi que le Mexique et l’Afrique du Sud ont réduit la part de leur dette extérieure en devise étrangère.

Les réformes essentielles GST et Land Acquisition ne sont toujours pas adoptées mais le gouvernement a fait des progrès remarquables dans le secteur énergétique et a annoncé des réformes importantes en Novembre, afin de libéraliser les IDE (Investissements Directs Etrangers). La Banque Centrale a déjà assoupli les conditions des investissements de portefeuille étrangers pour attirer les investissements de long terme et prendre part au développement du marché. 90% des IDE et investissements de portefeuille en Asie du Sud sont destinés à l’Inde.

Le marché intérieur doit porter la croissance économique régionale à 7,5% d’ici 2017, et les efforts gouvernementaux devraient se traduire par une croissance des investissements et des Partenariats Public-Privé (PPPs), et limiter l’impact d’un durcissement des conditions d’emprunt liés à la politique monétaire des États-Unis. La baisse des prix énergétiques mondiaux et les réformes internes énergétiques devraient bénéficier aux entreprises relativement énergivores indiennes.

Enfin, il est prévu que la part de la population en âge de travailler doit continuer de croître dans les prochaines décennies, avec une estimation de 300 millions d’adultes en âge de travailler qui arriveront sur le marché du travail d’ici 2040 - en Inde seulement.

Risques et difficultés

Bien qu’en baisse, les risques potentiels sont liés au fait que la chambre haute du parlement ne soit pas contrôlée par le parti au pouvoir, ainsi elle pourrait faire obstacle au programme législatif du gouvernement. Les investissements pourraient être retardés si les réformes n’avançaient pas assez rapidement et les investissements privés sont susceptibles de ralentir. Le chemin du financement des PPPs pourrait également s’avérer tortueux. Si la taxe sur les biens et services ne passait pas, les investissements nécessaires en infrastructure s’en verraient affectés, et le statu quo de marché intérieur fragmenté perdurerait.

Dynamiques commerciales en Asie du Sud

Toujours à seulement 20% ou moins du PIB, les flux d’échanges entre l’Asie du Sud et le reste du monde sont en hausse suite aux mesures unilatérales de libéralisation du commerce introduites dans les années 1990 (Ahmad et Ghani 2007). En Inde, la croissance repose davantage sur les services qu’en Chine – les IDE se dirigent de plus en plus vers les services au détriment des secteurs minier et industriel – et pourtant la demande en énergie et en métaux a crût rapidement. Les flux ont tendance à être concentrés principalement sur l’Union Européenne et les États-Unis mais ont évolué récemment vers le Moyen Orient, l’Asie et l’Afrique. D’ailleurs, le commerce entre le Moyen Orient et l’Afrique du Nord et les BRICS a triplé depuis l’an 2000. Les investissements de l’Inde se dirigent quant à eux vers l’énergie et les investissements liés au secteur public au Népal, vers les produits chimiques, les industries alimentaire et bancaire et des textiles au Bangladesh et au Sri Lanka sur la dernière décennie.

Amélie Chodron de Courcel | Consultante Senior en Commerce International
Arsha Consulting
Pour aller plus loin :

La Banque Mondiale moins sereine sur une reprise générale. (Jan. 2016) 

India brightest spot on global map with 7.8% growth in FY17: World Bank (Jan. 2016) 

India Leads World Bank Growth Forecast Amid Global Economic Heavy Weather (Jan. 2016)

 

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