De plus en plus, les organisations de sécurité privées, paragouvernementales et même publiques subissent des pressions budgétaires qui les incitent à se tourner vers des drones industriels ou commerciaux (par opposition à des UAV grand public de type « jouet ») plutôt que vers des appareils militaires pour leurs missions de surveillance en zones urbaine ou non-urbaines dans le cadre d’opérations de contrôle des frontières, antiterroristes, antidrogue ou de lutte contre la contrebande. 

Comme les standards des deux secteurs convergent de plus en plus, les organisations de sécurité auraient sans doute avantage, dans bien des cas, à baser leur choix sur des critères de performances et d’usage attendu, plutôt que sur le simple label « militaire » ou « industriel ». 

Émergence d’exigences multifonctionnelles 

D’une part, les utilisations militaires exigent :

  • des capacités élevées en termes de collecte, de traitement et de chiffrement de données 
  • un maximum de puissance et d’autonomie pour un poids et une taille minimums 
  • assez de robustesse pour affronter des environnements extrêmes. 

D’autre part, le rôle des drones prend de l’expansion à mesure que les industries de l’aérospatiale et de la défense développent les capacités des systèmes UAV. 

Ceci est en partie dû à la pression économique, qui met l’accent sur l’efficacité opérationnelle : le marché s’attend à voir les drones accroître leurs capacités multifonctionnelles afin d’effectuer une plus large gamme de missions de surveillance aérienne et d’atteindre un éventail d’objectifs de plus en plus large. 

Le but, dans cette perspective, est d’atteindre une plus grande interopérabilité des plates-formes, pour pouvoir rapidement à la fois réutiliser les appareils avec des architectures et des systèmes de nouvelle génération, et leur intégrer un large choix de fonctionnalités issues d’un écosystème très diversifié de fournisseurs de matériel et de logiciels. 

Par ailleurs, les fournisseurs militaires se penchent maintenant sur la technologie open source. À première vue, cela peut sembler paradoxal. Cependant, non seulement les licences ces systèmes sont moins coûteuses, mais surtout les logiciels ouverts pour les drones s’avèrent à certains égards plus sophistiqués. 

D’un autre côté, même si des modèles commerciaux basés sur des plates-formes militaires répondent à des exigences plus élevées, p. ex., en matière de chiffrement et de déchiffrement, ils sont plus couteux, avec des composantes électroniques plus complexes.

 Fulmar UAV
Crédit Photo: Txema1

Croissance des normes civiles

En outre, le marché commercial représente une autre paire de manches, puisque certaines exigences civiles dépassent les normes militaires, notamment en matière de sécurité, de communication avec les avions de ligne, de bande passante et de convivialité.

  1. Sécurité. Des liens de communication sécurisés sont essentiels à l’essor commercial des UAV, autant pour assigner aux drones des objectifs de mission spécifiques que pour fournir des données fiables à des contrôleurs au sol. Principal défi : les drones doivent pouvoir communiquer avec d’autres aéronefs et éventuellement avec d’autres drones. 
  2. Traitement et transmission des données. Avec l’ajout de la vidéo pleine vitesse (FMV) et d’images haute définition (HD), les drones récoltent des quantités croissantes de données. Or une bande passante limitée peut entraver la transmission, le partage et l’affichage d’informations critiques. Les constructeurs commerciaux s’efforcent donc d’intégrer à leurs produits un maximum de bande passante et de fonctionnalités. Ils tentent également de s’attaquer au problème en accroissant la capacité de traitement embarquée, afin que l’appareil puisse transmettre des informations déjà traitées plutôt qu’un flux de données brutes. 
  3. Convivialité. Il n’y a pas si longtemps, jusqu'à 200 personnes pouvaient être nécessaires pour manœuvrer un seul drone militaire. Les exploitants commerciaux ne peuvent se permettre un tel luxe : un ou deux opérateurs doivent suffire, et pas question de leur imposer des semaines d’entraînement. La pression du marché pousse donc les producteurs à développer des technologies – largement inspirées de drones jouets et de l’industrie du jeu – propres à permettre à des utilisateurs individuels non seulement de gérer un UAV, mais de déployer et contrôler des essaims intégrés de drones.

Selon l’étude de Tractica, il est certain que le marché du drone commercial est sur le point d’exploser. D’ici 2025 :

  • Les livraisons de drones de qualité commerciale devraient passer de 80 000 unités par an en 2015 à plus de 2,6 millions unités par an. 
  • Le marché du matériel pour le secteur du drone commercial devrait avoisiner les 4 milliards de dollars US. 
  • Les services commerciaux liés aux drones, cependant, représentent un marché encore plus important, avec des prévisions de ventes de l’ordre de $ 8,7 milliards de dollars par an. 

Autrement dit, la gamme de produits offerts va s’élargir et devenir de plus en plus sophistiquée, mettant plus de pression sur les fabricants de drones strictement militaires. 

Le cinéma, les médias, l’agriculture et le pétrole et le gaz naturel mènent présentement le bal en ce qui concerne l’adoption de drones commerciaux. 

L’imagerie aérienne et l’analyse de données sont les deux principales applications pour le secteur du drone commercial (Tractica). 

Avant que l’industrie commerciale des UAV puisse décoller, toutefois, il reste trois facteurs clés à résoudre:

  • Le politique réglementaire 
  • La perception du public, ou l’acceptabilité sociale 
  • Les questions de sécurité et de confidentialité

Bien sûr, le second défi est lié de près au troisième, mais il découle aussi du fait que les drones jouent depuis quelques années un rôle militaire offensif de premier plan. Ceci n’a rien de surprenant, puisque des drones, comme beaucoup de technologies, prennent leur source dans les efforts de guerre.


Raven UAV 
Crédit Photo: Sgt. 1st Class Michael Guillory

Des fabricants de drones jouets lorgnent le marché commercial 

La tendance la plus fascinante, cependant, est sans doute le fait que les fabricants de drones pour consommateurs s’attaquent au marché industriel. 

En appliquant des économies d’échelle et des méthodes efficaces de fabrication et de distribution, des entreprises positionnées à l’entrée de la gamme commerciale peuvent transformer des technologies de jouets bon marché en produits professionnels et les offrir à des prix extrêmement attrayants. 

Le fabricant chinois DJI domine ce segment de marché, et beaucoup d’utilisateurs commerciaux dépendent déjà de drones DJI. À moins de 2 000 $, ces produits font des incursions dans un créneau qu’occupaient il y a peu de temps des produits beaucoup plus robustes et plus sophistiqués, p. ex., des SkyRangers dont le cout variait entre 65 000 $ et 200 000 $, selon la charge utile. 

Autre exemple, Parrot, fabricant français de jouets et de drones: après l’acquisition en 2011 de DiBcom, société spécialisée dans les jeux de puces intégrées haute performance destinées à la réception de médias haute mobilité de faible puissance, Parrot a investi dans le fabricant de logiciels Pix4D, les fabricants de plateforme Sensefly et delair-tech ainsi que MicaSense, spécialiste de la télédétection. Cela a permis à Parrot de s’affirmer comme un joueur important dans le drone d’entrée de gamme. 

Il y a quelques années encore, le matériel militaire était l’unique option pour une organisation active dans la protection des biens ou pour des personnes désirant s’équiper de drones de surveillance aérienne offrant des standards élevés de fiabilité. Or d’autres possibilités émergent aujourd’hui, et tout indique que la tendance va s’accentuer dans les années à venir.

 

Renato Cudicio | CEO Arsha Consulting & Luis Robert | Analyste- Arsha Consulting

 

Crédit Photo: « S4 Ehecatl UAV» par Hydra Technologies de México S.A. de C.V.

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