Maintenant que l’impression 3D entre dans sa phase de maturité, avec une ingénierie et des processus de développement complexes et, entre autres, des imprimantes couleur et multi matières, l’on voit de nouvelles tendances émerger dans l’industrie du drone.

Des processus de développement et de production plus flexibles et abordables favoriseront vraisemblablement une explosion de modèles et de fabricants. De petites entreprises entreront en concurrence avec les géants de l’industrie, tandis que des entreprises artisanales feront des percées sur le marché.

Déjà, après un accident ou une panne, certains amateurs envisagent d’acheter une imprimante 3D plutôt qu’un nouveau drone.

Or on peut se demander quels seront les nouveaux différenciateurs si les drones deviennent de plus en plus répandus.

Notre théorie, c’est que le contenu et les fonctionnalités gagneront en importance par rapport à l’aéronef comme tel.

Bien plus que des chimères

En septembre 2014, un article dans la revue Wired révélait qu’une équipe de chercheurs de l’Université de Virginie avait imprimé en 3D un drone de qualité militaire.

De la taille d’un avion télécommandé, cet UAV transporte une charge utile d’environ 680 g (1,5 livre) et peut être imprimé n’importe où pour 2,500 $ « en un peu plus d’une journée ». Construit avec des pièces faciles  à trouver, comme un téléphone Android, il est facile à modifier.

À la tête de l’équipe : David Sheffler, un ancien ingénieur de chez Pratt & Whitney et Rolls-Royce devenu professeur. Après qu’il ait imprimé un moteur à réaction en 3D dans une de ses classes, un fournisseur de la défense américaine lui a demandé de développer un drone imprimé en 3D facile à construire en utilisant des pièces disponibles sur le marché.

Ce drone en forme d’aile a une envergure d’environ 1,2 m, pèse à peu près 2,5 kg avec ses composantes électroniques (incluant une application personnalisée en avionique qui roule sur un NEXUS 5 et un pilote automatique radio-commandé) et il vole à 65 km/h pendant 45 minutes.

Bien que ces chiffres ne paraissent guère impressionnants à prime abord, ils annoncent pourtant une percée qui pourrait révolutionner la jeune industrie du drone. 

Quelques jalons récents en matière de drones imprimés en 3D

  • Dans une vidéo publiée en février 2015, Aerialtronics, société basée aux Pays-Bas, soutient qu’elle est capable de construire des drones plus rapidement à l’aide d’une imprimante 3D de Stratasys qui lui permet de produire des prototypes volants et de réduire de 50 % les délais de R&D tout en incluant des fonctionnalités personnalisées.
  • En novembre 2015, Aurora Flight Sciences, un fabricant basé en Virginie, aux États-Unis spécialisé dans les systèmes UAV de pointe, publie une vidéo montrant « le tout premier drone à réaction imprimé en 3D ». Aurora s’est associé avec Stratasys, important fabricant d’imprimantes et de systèmes de production 3D, pour construire un drone de 13,60 kg et de 2,75 m d’envergure qui aurait atteint la vitesse de 240 km/h.
  • En juin 2016, la United Instrument Manufacturing Corporation (UIMC) a présenté un drone de surveillance imprimé en 3D – déjà testé en vol – au salon Innoprom-2016, en Russie. D’une envergure de 2,4 mètres et pesant 4 kg, il dispose d’une autonomie de 50 km. Il est possible d’en imprimer les composantes en une journée et de les assembler en « 15 à 20 minutes ». On peut l’équiper de divers appareils photo et vidéo ainsi que de dispositifs de communication, ce qui en fait « un outil de reconnaissance et de surveillance pratique et peu coûteux. »
  • Également en juin 2016, è Berlin, Airbus a dévoilé « Thor», un drone imprimé en 3D d’une longueur de 4 mètres et une envergure de 4 mètres. Seuls les contrôles et certaines parties des deux moteurs ne sont pas imprimés. Pesant 25 kilos, Thor peut être construit en 4 semaines pour un coût total, pour les parties imprimées, environ 25 000 €, alors que les drones classiques de cette catégorie peuvent coûter « des centaines de milliers voire des millions de dollars. » 

Quel intérêt ?

Les inconditionnels affirment que l’impression de drones en 3D offre des avantages majeurs,  tels que :

  • la possibilité d’élaborer une conception personnalisée selon la mission pour chaque aéronef 
  • des délais plus courts, de la conception au produit fini 
  • des coûts de loin inférieurs à ceux des procédés de fabrication traditionnels


Avec le drone Aurora, par exemple, l’on a réduit de 6 mois la durée de la conception et de la construction, tout en menant à bien un processus ayant ait inclus « jusqu'à 20 itérations par composante basé sur des fichiers CAO. »

Des sociétés telles que Compa-Leptron Unmanned Aircraft Systems utilisent déjà la technologie de Stratasys pour construire un de ses modèles, le 4 RDASS, en réduisant les délais de production de 6 mois et les coûts de développement de plus de 100 000 $.

Et maintenant des solutions d’auto-construction de drones ainsi que des ressources variées sont disponibles en ligne.

Où cela nous mène-t-il ?

Que signifie cette tendance pour l’industrie du drone ?

Elle se traduira vraisemblablement par un plus grand nombre de joueurs et une concurrence accrue.

Ceci bénéficiera aux utilisateurs, puisque la flexibilité, la disponibilité et la personnalisation prendront leur envol tandis que les prix chuteront.

Cela signifie également que ceux qui feront preuve de créativité et d’esprit d’initiative pour répondre à des besoins personnalisés et hautement spécialisés pourront investir des créneaux spécialisés presque du jour au lendemain.

Toutefois, construire un drone n’est qu’une partie du jeu.

Tout d’abord, à mesure que les conceptions des drones s’amélioreront, elles convergeront vers un nombre limité de formes et de types éprouvés, qui évolueront progressivement vers la prochaine génération.

Par ailleurs, à mesure que les aéronefs en soi deviendront plus faciles à développer et produire, les facteurs de différenciation se déplaceront vers les moteurs, les batteries et les logiciels – sans oublier l’UAS, soit le système tout entier, par opposition à l’aéronef comme tel.

Autrement dit, à mesure que l’autonomie et la maniabilité se stabilisera d’une plate-forme à l’autre, ce sont l’évolutivité, l’adaptabilité et facilité d’utilisation générale, ainsi que des fonctionnalités spécifiques, qui attireront les acheteurs.

Luis Robert | Analyste – Arsha Consulting

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