… Inde, Turquie, Pakistan, France, Nigéria, Burkina Faso, Égypte, Belgique, Afghanistan, Allemagne … La très longue liste des pays attaqués en 2016 montre que la menace terroriste est devenue mondiale. Face à ce défi, l’Inde a développé des stratégies qui semblent payantes.

En Inde, on n’entre pas dans un centre commercial, dans un immeuble de bureaux ou dans tout autre lieu public sans passer sous un portique de sécurité, ouvrir son sac ou le passer aux rayons X. Une équipe de gardiens est parfois chargée de vérifier l’identité ou de fouiller manuellement les personnes. De nombreux évènements tragiques ont prouvé que la menace terroriste est permanente dans ce pays contrasté qui a choisi d’investir massivement dans les procédures et les équipements de sécurité. Les résultats sont encourageants et pourraient bien inspirer d’autres pays en proie aux mêmes menaces.

Une menace constante

L’Inde est l’une des cibles privilégiées d’un terrorisme qui revêt des modes opératoires et des origines différentes. Ses voisins, le Pakistan en tête, soutiennent des insurrections aux frontières comme au Cachemire ou dans les régions du nord-est.  Rebelles du Nagaland, groupes naxalites et maoïstes, de nombreux mouvements séparatistes choisissent la lutte armée et se lancent dans des opérations commandos meurtrières. Les groupes terroristes d’envergure internationale menacent aussi régulièrement le sous-continent avec pour preuve l’engagement d’Indiens aux côtés de l’État Islamique ou les menaces répétées des djihadistes de la branche d’Al-Qaïda en Asie du sud-est. Au total, le Gouvernement indien n’identifie pas moins de 38 groupes terroristes sur son territoire.

Rares sont les Indiens qui ne se souviennent pas des attentats meurtriers du 26 novembre 2008 avec émotion. Ce jour-là, un groupe de dix Kamikazes, les Moudjahidines du Deccan, arrivés par la mer, ont mené de façon simultanée des attaques dans différents lieux symboliques de la capitale économique du pays. Le palace Taj Mahal, qui fait face à la célèbre Porte de l’Inde, ainsi que l’hôtel Oberoi Trident et le Café Leopold, très prisés des touristes, sont envahis ; la gare centrale bondée, l'ancien Terminus Victoria, l’hôpital Cama ainsi qu’un centre communautaire juif font aussi l’objet de tirs aveugles. L’attentat tue 188 personnes et en blesse 312.

Rien qu’au cours de cette année 2008, l’Inde avait déjà dû faire face à trois autres attentats : en mai 2008, 9 bombes explosent à Jaipur au Rajasthan faisant 63 morts ; en Juillet 2008, 8 bombes de faible intensité sont retrouvées dans des poubelles de Bangalore, la capitale de la Sillicon Valley indienne ; en octobre 2008, 18 explosions font 45 victimes dans l’État d’Assam au nord-est du pays.

Cette année 2016, outre l’attaque de la base militaire de Pathankot, située près de la frontière pakistanaise, faisant 6 morts et 22 blessés, les autorités assurent avoir empêché de très nombreux attentas notamment le 25 janvier dernier, le ‘Jour de la République’ auquel participait notamment le Président français, François Hollande.

Des stratégies de défense et de prévention 

L’Inde souhaite s’engager dans une réponse internationale face au terrorisme en briguant un siège au Conseil de Sécurité des Nations-Unis, par exemple. Au niveau national, elle légifère (Loi sur la prévention des activités illégales datant de 1963, amendée plusieurs fois notamment en 2008, après les attentas de Mumbai) et elle essaye d’harmonier ses réponses qui engagent tous les États de la fédération. Les autorités misent sur la prévention et la dissuasion : en plus d’une meilleure synergie entre ses différents services de renseignement, le pays a affiné ses procédures de prévention et s’est lancé dans une dotation massive d’équipements de sécurité. Selon un article de Times of India, les dépenses de sécurité ont augmenté de 25% entre 2009 et 2012. Le dernier budget 2016-2017 révèle une augmentation de 13 % du budget alloué à la sécurité intérieure avec une enveloppe de plus de 10 Milliards d’euros. Les États comme les entreprises privées investissent dans des systèmes de contrôle d’accès, dans des réseaux de vidéo surveillance ou dans des dispositifs de détection et d’alarmes.

Des exemples … Seuls les passagers munis d’une pièce d’identité et de leur billet peuvent se présenter aux gardes armés surveillant l’entrée de la plupart des 132 aéroports du pays. Les bagages sont généralement passés aux rayons X dès l’entrée dans l’aéroport avant même l’enregistrement des passagers. Les hôtels de plus de 3 étoiles contrôlent les véhicules entrant (coffre et châssis). Les bagages sont scannés avant d’être transportés à l’intérieur de l’établissement et entreposés, si besoin, dans une pièce loin du hall d’accueil. Les bagages à main sont fouillés de même que les hôtes sont priés de passer sous un détecteur de métaux. Les réseaux de caméras marchent en surveillance directe et le personnel a reçu une formation en cas d’attaque. Uniquement pour son site de Bangalore, l’entreprise Infosys n’hésite pas à dépenser près de 350 000 euros par an auprès d’une compagnie privée afin d’assurer un maximum de sécurité à ses employés. 

Échanges et expertise face à une menace mondiale

Les attentats de Bombay sont maintenant devenus une sorte de référence pour les terroristes du monde entier. Les tragiques événements de novembre 2015 à Paris en sont la preuve. Le recrutement de petits groupes de terroristes kamikazes, armés et lancés contre des lieux publics vulnérables, voilà le pire cauchemar des services de sécurité.

nice-2016-copy

(Hommage aux victimes des attentats de Nice, 2016 - Crédit photo: Jordiferrer)


C’est pourquoi, en dehors du travail des services de renseignements, les procédures et les équipements de sécurité implantés sur les lieux publics indiens dénotent une certaine expertise et pourraient encourager d’autres pays à adopter certaines de ces mesures de précaution. Le gouvernement indien multiplie les échanges sur le sujet. En juillet 2016, le Premier ministre indien Modi et le Président kenyan ont signé un MoU pour une coopération renforcée en matière de sécurité : ‘Nous pensons que le terrorisme et la radicalisation représentent un défi pour nos deux pays,’ a estimé Modi.  En début d’année, le Ministre indien des Affaires étrangères, Vikas Swarup, déclarait lors de la visite du Président français en Inde : « La coopération entre la France et l’Inde en matière de lutte antiterroriste a acquis une dimension significative ces dernières semaines ». Si le RAID et le GIGN français forment des unités anti-terroristes indiennes, les mesures prises par l’Inde pour assurer la sécurité des lieux publics et des grandes manifestations intéressent au plus haut point les  autorités françaises. Peut-être par habitude, le public indien semble bien réagir à ces mesures parfois contraignantes : «Nous savons ce que nous risquons, alors on se soumet aux vérifications, c’est devenu un automatisme», affirme Sukumaran, un jeune directeur d’entreprise.

Il serait peut-être temps d’observer attentivement les efforts de prévention et de sécurité mis en œuvre dans des pays comme l’Inde, en proie à des menaces terroristes constantes et multiformes et qui, par la force des choses, ont développé un véritable savoir-faire humain et technologique.

Amélie Weigel | Journaliste - Arsha Consulting

(Crédit photo de couverture - Bharathiya)

Visitez notre page Défense et Sécurité pour plus d'informations

Laissez un commentaire