(Ceci est la suite d’un billet déjà paru)

Quelle est la question la plus difficile, en ce qui concerne l’utilisation des drones pour contrer le braconnage en Afrique ?

Si vous demandez à l’équipe de l’Université of Maryland Institute for Advanced Computer Studies (UMIACS), la réponse est « Où et quand les déployer? »

Ce groupe de recherche a développé une approche à plusieurs volets, basée sur la constatation que la surveillance aléatoire est inefficace, vu les territoires à couvrir.

Après observation des constantes dans les incidents, l’équipe de l’ACS a fait les constats suivants :

  • un grand nombre de délits se produisent autour de la pleine lune, quand les braconniers peuvent mieux voir leurs proies 
  • la plupart des méfaits sont commis entre 18 h 30 et 20 h 
  • le braconnage survient presque toujours à quelque 160 m d’une route 
  • « 85 % des incidents se déroulent en terrain ouvert, où la végétation est basse, ou dans la savane »


Après compilation des données, l’équipe de l’ACS a développé des modèles analytiques qui indiquent « avec presque 90 % de certitude » où les rhinocéros devraient se trouver un soir donné.

Puis ils ont combiné des images satellites haute résolution avec des mégadonnées – sur les phases de la lune, la météo, le lieu des incidents de braconnage et les déplacements des rhinocéros grâce à des capteurs satellite – et appliqué leurs propres algorithmes pour développer des modèles analytiques des déplacements des animaux, des braconniers et des rangers.

Le fait de savoir où les uns et les autres pouvaient se trouver a grandement aidé à décider « où il fallait déployer les rangers pour mieux protéger les animaux et déjouer les braconniers. »

« Ce qui a tout changé, écrit le professeur Thomas Snitch, ce sont les UAV que nous utilisons en Afrique depuis mai 2013. Nous avons trouvé que, combinés avec d’autres technologies établies, ils peuvent considérablement réduire le braconnage – mais seulement s’il y a rangers en alerte sur le terrain, prêts à utiliser nos données. »

Cela peut indiquer une tendance naissante, puisque que deux chercheurs, Michael J. Shaffer et Joseph A. Bishop, ont « modélisé des trajectoires de vol pour un drone dans une zone à haut risque de 23,2 km au cœur du parc national Tsavo East », à partir des endroits qui présentaient le plus grand risque de braconnage.

Les conclusions de leur expérience, publiée dans Tropical Conservation Science (PDF 2.52 MB), affirme que « l’utilisation de drones a un effet profond sur la capacité des conservationnistes à détecter et arrêter les braconniers ».

Comme le dit Robert Breare, du Ol Pejeta Conservancy du Kenya : « Pour que le drone fonctionne réellement, sur le plan financier et opérationnel, nous devons l’envisager comme une solution de protection globale, où il joue plusieurs rôles, et pas seulement comme un outil pour lutter contre le braconnage. »

Pas une panacée

Un article de National Geographic conclut quant à lui que même si les drones ont « un potentiel extraordinaire », « ils ne sont ni une solution miracle ni une panacée. »

On y souligne que la solution de l’UMIACS, par exemple, qui a très bien réussi dans une région d’Afrique du Sud qui perdait jusqu'à 19 rhinos par mois, exigeait la présence d’experts capables « d’analyser les données sur l’historique du braconnage, de générer des algorithmes pour tracer des plans de vol, d’exploiter et d’entretenir les drones, et d’analyser et de transmettre les données aux rangers ».

L’article fait remarquer que la plupart des pays africains manquent « d’équipes de rangers bien entraînés et bien équipés, prêts à intervenir et à procéder à des arrestations », que le difficile terrain africain représente encore un défi technique pour les drones et que le braconnage touche maintenant de plus petits animaux, p. ex., le pangolin ; il s’interroge aussi sur l’utilisation du drone contre le braconnage en dehors des parcs et réserves, qui est très répandu.

En plus de vanter les avantages de moyens plus « rentables » tels que des programmes proactifs axés sur le renseignement, où l’on procède à des enquêtes pour trouver les braconniers, l’article mentionne le Ruvuma Elephant Project, au Mozambique, qui s’efforce de traiter « les raisons profondes qui incitent les communautés à participer au braconnage » et une autre initiative au Malawi basée sur une formation pour lutter contre le braconnage de façon systématique.

Encore une fois, ces observations montrent que le braconnage est une question complexe et aux multiples facettes qui exige une approche globale.

Comme nous l’avons expliqué dans un autre billet, chaque situation exige une analyse approfondie et la décision d’utiliser des drones ou non – et si oui, lesquels – devrait faire partie d’une stratégie d’ensemble basée sur la situation spécifique et les moyens dont on dispose.

Arsha Consulting se concentre précisément sur la distribution de drones de surveillance industrielle capables de couvrir de vastes territoires tels que les réserves et les parcs naturels.

Luis Robert | Analyste – Arsha Consulting

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