Un développement urbain exponentiel, des défis technologiques, énergétiques, humains et environnementaux à relever pour les années à venir… L’Inde se lance dans le titanesque chantier des 100 Smart Cities, des 100 villes ‘vertes et intelligentes’, pour l’horizon 2023. Comment la France et ses entreprises innovantes contribuent à ce défi hors-normes ? 

Le constat est éloquent : dans moins d’une décennie, 35% de la population indienne sera urbaine ; en 2050, ce sera la moitié de la population du pays qui vivra dans une ville. Rêve d’une vie meilleure, espoir de gagner plus d’argent et de trouver un bon travail … Cette évolution inévitable se traduit par un exode rural de masse vers des villes, toujours plus saturées.

Les villes représentent effectivement des sources importantes de richesse, d’emplois et de gains de productivité. L’économie urbaine a ainsi crû significativement, contribuant ces dernières années à 65% du PIB. McKinsey prédit que d’ici 2030, la population urbaine représentera 590 millions de personnes qui bénéficieront de 70% des opportunités professionnelles.

Face à ce phénomène, les besoins de l’Inde urbaine se font sentir à tous les niveaux : moyens de transport, routes et autoroutes, logements, bureaux, hôpitaux, sources d’énergie, acheminement et traitement de l’eau, mesures de sécurité plus étendues, etc. Pour répondre à ces nouveaux enjeux et faire mentir l’adage selon lequel « en Inde, la planification d’une ville commence après sa construction », le Premier ministre indien Narendra Modi a lancé en 2015 l’India Smart Cities Challenge, un projet colossal regroupant 100 villes, ayant vocation à devenir des centres intelligents, moteurs de développement du pays.

‘L’objectif est de promouvoir des villes qui fournissent une bonne infrastructure de base et procurent une qualité de vie décente à ses citoyens, dans un environnement propre et protégé grâce à des solutions intelligentes pour optimiser les ressources. La priorité est donnée à des modes de développement durables et adaptés. L’idée étant de créer des modèles efficaces et souples qui serviraient de feuille de route à d’autres villes.’

Ce choix prometteur d’un développement durable, raisonné et adapté à la diversité des réalités environnementales et sociétales du pays trouve un écho dans les politiques et les savoir-faire des entreprises françaises.

L’engagement français

En effet, la France, pionnière dans le développement durable à travers ses entreprises innovantes, s’est engagée depuis plusieurs années aux côtés de l’Inde. Par le biais de l’Agence Française du Développement (AFD), l’hexagone a ainsi déjà contribué techniquement et financièrement à la réalisation de nombreux projets dans le sous-continent. D’ailleurs, depuis 2008, dans le cadre d’accords bi-nationaux, plus de 1,3 milliards d’euros ont été engagés sous forme de prêts souverains et non-souverains.

Logiquement, l’AFD a choisi d’assister les villes indiennes dans trois secteurs clés : le développement urbain durable et intégré, la sécurité énergétique et la préservation de la biodiversité.

La COP 21, qui s’est tenue à Paris fin 2015, a renforcé le dialogue et la coopération entre les deux pays. Dès la visite préparatoire de Narendra Modi en avril 2015 en France, le Président François Hollande s’est engagé à doubler sur trois ans les crédits accordés par l’AFD aux projets indiens de développement durable faisant passer l’enveloppe de 1 million à 2 millions d’euros. La ratification des accords de Paris le 2 octobre dernier a donné l’occasion au président français de rappeler le le rôle moteur de l’Inde : “Elle (l’Inde) a également lancé, avec la France, l'Alliance solaire internationale, qui contribuera à la réalisation des objectifs de l'accord de Paris en facilitant l'accès à l'énergie solaire."

Fin janvier 2016, lors de sa visite en Inde, François Hollande avait déjà annoncé une aide de 300 millions d'euros dans les cinq prochaines années pour le financement des premiers projets solaires. Un développement stratégique pour l’Inde qui vise à produire 40% de son électricité à partir des énergies renouvelables d’ici 2030 …

D’autre exemples … L’année dernière, l’AFD a prêté 50 millions d’euros au programme Energy Efficiency Services Limited (EESL) qui vise à soutenir des projets d’économie et d’efficacité énergétique, en priorité dans les secteurs de l’éclairage et des bâtiments publics.

Plus médiatique encore, l’aide apportée à deux projets phares dans les transports publics. En 2012, l’AFD a accordé un prêt de 110 millions d’euros pour la réalisation de la Phase I du métro de Bangalore, la 3ème ville la plus peuplée d’Inde (sud). Un second prêt de 180 millions d’euros signé en 2015 va permettre de finaliser les travaux de la phase II. De même à Kochi au Kerala (sud), l’AFD finance à hauteur de 180 millions d’euros la construction d’une ligne de métro léger, sur un parcours de 25,6 km sur viaduc comprenant 22 stations aériennes.

En début d’année encore, dix des plus importantes entreprises françaises, Alstom Transport, CAN, Dassault, EDF Energies Nouvelles, Egis, Lumiplan, Pomagalski, Schneider Electric and Thales, ont formé un partenariat avec EPI (Engineering Projects India Ltd.) pour participer à des projets de développement dans les domaines des transports publics, de l’énergie et de la gestion de l’eau.

Le choix de trois villes

Depuis le lancement des Smart Cities, Narendra Modi affiche clairement sa volonté de faire appel aux capitaux et aux savoir-faire étrangers pour, combler le retard de l’Inde dans de nombreuses filières (infrastructures, énergies, services), anticiper le développement urbain exponentiel et réussir le pari de construire 100 villes ‘vertes et intelligentes’ à l’horizon 2023.

Pour des raisons historiques, sociales et économiques, la France s’est clairement positionnée sur trois villes indiennes : Pondichéry, l’ancien comptoir français au sud-est de l’Inde, Chandigarh, une ville imaginée par l’architecte franco-suisse Le Corbusier dans l’État du Pendjab (nord-ouest) et Nagpur dans l’État du Maharastra (sud-ouest). Des accords de collaboration ont été officiellement signés en janvier 2016 et de nombreuses entreprises françaises sont déjà à l’œuvre dans les domaines du développement urbain durable, du transport, de l'énergie et du numérique.

Il faut dire qu’un montant de 6 milliards d'euros a été annoncé sur cinq ans par le gouvernement indien, soit 12 millions d'euros par ville. 

A Pondichéry, les efforts vont se concentrer sur la préservation du patrimoine bâti, la gestion de l’eau, le traitement des ordures et des solutions autour de l’érosion provoquée par l’eau de mer. ‘Ce sont des domaines dans lesquels la France a une véritable expertise et des villes comme Bordeaux ou Toulouse pourraient devenir de bons partenaires pour Pondichéry’, explique Ashok Panda, co-fondateur de l’Indian National Trust for Art and Cultural Heritage (INTACH).

Pas moins de deux ministres et une délégation de plus d’une cinquantaine de chefs d’entreprises françaises ont accompagné François Hollande lors de sa visite d’État en Inde, en janvier dernier qui a justement débuté à Chandigarh. Quelques mois plus tôt, des accords de coopération avaient été signés dans les domaines de l’acheminement et du traitement des eaux, de la planification urbaine et de la conservation du patrimoine, du recyclage des déchets et des transports urbains. ‘La coopération ne se limitera pas à une assistance technique mais aussi à des accords financiers auprès du gouvernement indien pour s’assurer de la mise en œuvre de projets viables’, précisait François Richier, alors Ambassadeur de France en Inde.

Quant à Nagpur, la France s’engage à travailler auprès des autorités municipales et régionales pour l’élaboration de propositions adaptées afin de rendre la ville éligible au projet Smart City. Déjà des accords pour l’eau et le projet du métro sont engagés.

Au cœur des fantastiques chantiers urbains lancés par le gouvernement Modi, la France veut faire la preuve de son efficacité et de son savoir-faire afin de participer à l’éclosion d’une nouvelle politique de développement durable basée sur le respect des habitants, des modes de vie et de l’environnement. Sans compter que cette volonté affirmée de soutenir l’Inde renforce des relations commerciales prometteuses dans un pays dont la croissance affiche un insolent 7.9% de croissance au premier trimestre 2016.

Amélie Weigel | Journaliste – Arsha Consulting

(Crédit photo de couverture Bernard Gagnon)

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