30 pays présents, 279 entreprises étrangères, 270 entreprises indiennes, 72 appareils ultra modernes en démonstration, plus de 200 000 visiteurs venus faire des affaires … La 11ème édition de Aero India, organisé tous les deux ans par le Ministère de la défense indien sur la base militaire de Yelahanka à Bangalore, s’est achevée le 18 février dernier.

Dans son discours inaugural, Manohar Parrikar, le Ministre de la défense indien, a insisté sur les mesures mises en œuvre par le gouvernement indien dans le cadre du programme ‘Make in India’ : « Nous proposons un écosystème complet pour la fabrication de produits de défense avec des facilités offertes aux entreprises internationales, une politique d’investissement libéralisée, de nouvelles régularisations, pour faciliter la construction d’unités de production, des co-entreprises et des installations de recherche à travers notre pays. » S’appuyant sur d’excellentes prévisions de croissance, le Ministre de l’aviation civile, Ashok Gajpathi Raju a de son côté rappelé que l’Inde sera probablement le 3ème plus gros marché mondial de l’aéronautique en 2022.

Des constatations qui n’ont pas échappé aux nombreuses délégations internationales présentes sur le Salon, soucieuses de faire la démonstration de leur savoir-faire et de concrétiser des partenariats prometteurs. Les équipes d’experts de Arsha Consulting étaient aussi au rendez-vous. Après quatre journées particulièrement intenses, que peut-on retenir ?

Une industrie indienne qui décolle ?

Force est de constater que l’Inde a voulu impressionner ses visiteurs. Un peu plus de deux ans après le lancement du programme censé relancer son industrie aéronautique et réduire sa dépendance vis-à-vis de l’étranger, le pays a voulu mettre en avant la concrétisation de ses efforts. Manohar Parrikar a ainsi dévoilé l’hélicoptère indien multi-fonctions (IMRH) développé par l’entreprise publique Hindustan Aeronautics Limited (HAL), un engin pour le transport des troupes ou l’évacuation des blessés, capable de transporter 3500 kg de charge utile et d’une capacité de 24 places. Selon, HAL, la version armée aura une capacité de vol stationnaire plus importante, en particulier à haute altitude. Une variante pour l’aéronautique navale est également prévue.

Plus tôt dans la journée, HAL avait présenté son hélicoptère utilitaire léger (LUH), propulsé par deux moteurs Shakthi. Aux côtés de l’hélicoptère d’attaque ALH Mk IV 'Rudra' de l’armée de terre indienne, la dernière version de l’hélicoptère de combat léger indien (LCH), basé sur des technologies déjà développées pour le Dhruv par HAL, ont, quant à eux, fait des démonstrations aérienne très remarquées.

Premiers vols aussi pour l’appareil d’entrainement HTT-40 (Hindustan Turbo Trainer), une solution concurrente au Pilatus PC-7 Suisse et pour l'Advanced Hawk, développé avec les britanniques de BAE Systems. Une version améliorée de l’appareil qui dans la configuration présentée devient un véritable petit avion de combat en plus d’être un avion de formation.

Côté avions de combat, la version modernisée du Jaguar, dans le cadre du programme DARIN III, a officiellement reçu son certificat de capacité opérationnelle initiale pendant le Salon tandis que les Su 30 MKI russes, produits sous licence en Inde, faisaient des prouesses dans les airs. La star de la précédente édition, le LCA Tejas, était également au rendez-vous. Le Ministre de la défense en a d’ailleurs profité pour confirmer le financement d'une seconde chaine de production rendant possible la fabrication de 16 avions de chasse par an pour répondre à la commande de 83 Tejas, passée en novembre 2016 par l’armée de l’air indienne.

À cette occasion, le laboratoire LRDE de Bangalore et la DRDO ont fait le point sur le développement du radar multimode AESAR-FCR, d’une portée comprise entre 0,25 et 150 km, et intégrable sur le Tejas.

Des avancées notables de l’industrie indienne donc, même si l’on sait que les besoins de l’armée sont importants et que l’Inde est encore loin de pouvoir les combler.

Des offensives commerciales

Aussi, les stands des principaux partenaires de l’Inde rivalisaient d’innovations… L’idée : en imposer pour pouvoir négocier fermement tout en montrant un engagement nécessaire à la politique des compensations du ‘Make in India’.

Les États-Unis, Boeing et Lockheed Martin en tête, accompagnés de sociétés comme Arconic, Telephonics, Raytheon, Honeywell, Harris Corporation ou Textron Systems, réunies sous l’égide de l’USIBC, ont voulu rassurer leur partenaires indiens sur la nouvelle politique du ‘America First’ de Trump en insistant sur le ‘Major defense partner’, un accord qui fait du commerce de la défense une priorité entre les deux pays. « Nous nous sommes engagés à partager les connaissances, les compétences et notre technologie aujourd’hui et à l’avenir », a insisté Georges Standridge, Vice-président stratégie et développement de Lockheed Martin.

Sur un stand de 900 mètres carrés, les 350 membres de la délégation russe n’étaient pas en reste. Le conglomérat russe Rostec State Corporation, représentant entre autres Russian Helicopters, Technodinamika, UEC, Tecmash et Shvabewill, a présenté ses dernières innovations en matière de technologie aéronautique et de défense aérienne. Les discussions autour du développement du FGFA, avion de chasse de 5ème génération qui s’inspire du PAK-FA de Sukhoi, semblent d’ailleurs bien reparties.

De son côté, Joseph Weiss, PDG de Israel Aerospace industries (IAI), a signé trois accords de coopération : Yehud et Kalyani Strategic Systems pour le développement, la production et la commercialisation de systèmes de défense aérien et de munitions ; Golan Industries et Taneja Aerospace & Aviation Limited (TAAL) pour la production conjointe de sièges d’avions militaires et civils et surtout  un nouvel accord avec Dynamatic Technologies Limited (DTL) portant sur la production, l'assemblage, l'entretien et le soutien dans des projets relatifs aux mini-drones. «Ces efforts de coopération nous permettront de maintenir notre position en Inde et d'élargir nos activités à l'avenir », a commenté le PDG.

Pendant ce temps, les casquettes rouges distribuées par le Suédois SAAB inondaient le Salon. En compétition avec le F-16 américain sur l’appel d’offre portant sur 200 avions de chasse, le constructeur du Gripen E ne voulait certainement pas passer inaperçu ! L’entreprise a cherché à démontrer l’excellence de son chasseur tout en rassurant sur sa capacité à réaliser des transferts de technologies et des productions locales grâce à l’exemple de son succès brésilien. Des discussions ont également été initiées avec Reliance Group … Ce même groupe indien, détenu par la famille Ambani, qui vient de créer une co-entreprise avec Dassault, Dassault Reliance Aerospace, pour répondre à l’obligation des compensations faisant suite à l’achat des Rafale.

D’ailleurs, forte de cette belle réussite, la délégation française était cette année en position plus confortable pour négocier avec davantage d’exigences. Eric Trappier, PDG de Dassault s’est clairement positionné sur le contrat naval portant sur 57 avions de chasse : « Nous sommes la seule entreprise à avoir strictement le même avion pour notre aviation et pour notre marine. Nos Rafale pour la marine et l'armée de l'air sont les mêmes. », mettant ainsi dans la balance l’obtention du contrat à l’installation, en Inde, d’une chaine de production portant sur des parties du Falcon et du Rafale. « Si nous obtenons un nouveau contrat pour plus de jets Rafale, cela nous aidera à développer davantage de capacités et nous aurons une chaîne d'assemblage en Inde», a-t-il ainsi affirmé. L’entreprise a, en outre, réaffirmé son implication dans le soutien à l’élaboration d'un Advanced Multirole Combat Aircraft (AMCA) indien.

Informés des ambitions de la défense indienne de voir évoluer, d’ici une dizaine d’années, sa flotte d'aéronefs à 50% d’engins pilotés et à 50% d’engins non pilotés, les Français ont aussi cherché à se placer sur le marché des drones qui pourrait avoisiner le milliards d'euros … Face à la concurrence israélienne,  Thales a mis en avant son Spy' Ranger, dans une version « indianisée », réalisé avec la collaboration de partenaires locaux.

Les partenariats à la fête

Avec des rencontres placées sous le signe du ‘Make in India’, les partenariats étaient donc au centre des discussions et des négociations. La preuve ? Plus de cinquante contrats signés par le Ministère de la défense pendant Aero-India 2017, pour une valeur totale de 16,3 milliards d’euros avec des entreprises étrangères s’engageant à produire tout ou partie de leurs commandes dans le sous-continent.

Dans ce contexte favorable, les entreprises indiennes du secteur privé étaient plus que jamais au rendez-vous : Larson et Toubro Ltd, Mahindra & Mahindra Ltd, Tata Advanced Systems Ltd, Reliance Defense et Engineering Ltd ou Kalyani Strategic Systems Ltd … Toutes cherchent à profiter des offsets du programme lancé par le gouvernement Modi dans la perspective de devenir, à leur tour, des sociétés exportatrices.

Côté européen, soulignons quelques accords marquants : MBDA et le groupe indien Larsen & Toubro (L & T) ont créé ‘L&T MBDA Missile Systems Ltd’, une nouvelle société qui sera opérationnelle d’ici à l’été pour développer des missiles guidés antichars de cinquième génération, des missiles sol-air pour les batteries de défense côtière, et des engins cibles à grande vitesse pour les essais et l’entraînement des équipages de défense antiaérienne.

Thales a proposé à Bharat Dynamics Ltd (BDL) le transfert de technologie portant sur les missiles STARStreak, notamment utilisés par l'armée britannique.

Mahindra Aerostructures, qui exploite une usine de fabrication de 25 000 mètres carrés près de Bangalore, s’est associé au français Segnere SAS, spécialisé dans les pièces et les assemblages en métal lourd : «Nous allons travailler ensemble, en tirant parti de notre expérience et de notre savoir-faire combinés pour répondre aux priorités stratégiques de nos clients. Segnere nous ouvre les portes de la France tout en nous offrant des opportunités de travailler ensemble sur le marché mondial», a expliqué Arvind Mehra, CEO de Mahindra Aerospace.

Un pays organisateur qui cherche à montrer les progrès réalisés par son industrie aéronautique grâce au ‘Make in India’, des exportateurs compétitifs, attirés par un marché gigantesque mais qui se montrent encore parfois circonspects sur les compensations exigées mais un environnement toutefois clairement favorable à la mise en place de partenariats notamment avec les nouveaux venus du secteur privé indien … Bref, un bilan Aero-India, édition 2017, plutôt positif même si tout le monde attend encore la signature des gros contrats à venir …

Amélie Weigel | Journaliste – Arsha Consulting

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