Le 19 janvier dernier, le ministre d'État de l'aviation civile Jayant Sinha annonçait qu’au moins 43 aéroports supplémentaires en Inde bénéficieront de vols réguliers dans le cadre de l’ambitieux programme de connectivité régionale (RCS) du gouvernement passant ainsi de 75 à 118 le nombre d'aéroports actifs dans le pays. L’appel d’offre a en effet reçu 45 propositions initiales de 11 prestataires nationaux et internationaux dont les noms sont pour le moment tenus secrets.  Les offres devraient couvrir plus de 200 nouveaux itinéraires aériens. « Quinze États ont signé un mémorandum d'accord avec le gouvernement central» a ajouté le Ministre. Les contre-propositions ont cours jusqu’au 1er février pour une sélection définitive le 3 février 2017.

Si les observateurs tablent sur une forte croissance du marché de l’aéronautique indien dans les prochaines années, le Gouvernement Modi semble encourager ce développement par le Regional Connectivity Scheme (RCS) ou UDAN permettant notamment une plus grande ouverture aux investissements directs étrangers.

Un marché prometteur

L’analyse menée par les équipes d’Arsha Consulting, en collaboration avec les acteurs francophones du secteur, montre que le potentiel du marché aérien civil en Inde est considérable. S’il est encore en retard face à l’autre géant asiatique qu’est la Chine et ses 230 millions de passagers en 2010, le marché se développe à grande vitesse. Plus de 90 millions de passagers en 2015 selon le Centre for Aviation (CAPA) et probablement 370 millions de passagers en Inde d’ici à 2020 d’après l’Association Internationale du Transport Aérien (IATA) … Des chiffres qui placeraient le pays à la 3ème place du marché, en nombre de passagers, derrière la Chine et les Etats-Unis.

L’évolution joue sur tous les créneaux du transport aérien : les vols domestiques suivis des vols internationaux sans oublier le fret. Ainsi, la très compétitive industrie aérienne de ce pays de 1,25 milliard d’habitants a effectivement connu un boom ces dernières années, probablement portée par la hausse du niveau de vie, l’émergence d’une classe moyenne qui voyage davantage corrélés à la baisse du prix du pétrole. Boeing et Airbus évaluent d’ailleurs les besoins du marché indien à environ 1700 nouveaux appareils d’ici les vingt prochaines années, pour un montant compris entre 220 et 240 milliards de dollars américains. En 2015, la compagnie aérienne à bas coûts IndiGo a passé une commande géante de 250 Airbus A320neo pour 26,5 milliards de dollars tandis que Boeing et SpiceJet ont annoncé le 13 janvier dernier avoir conclu un accord d'engagement pour une commande de 205 avions dont notamment 100 nouveaux 737 MAX 8 pour un montant estimé à 20,6 milliards d'euros.

En outre, le Gouvernement Modi, à la tête du pays depuis 2014, cherche à soutenir ce développement par un certain nombre de mesures concrètes visant à assouplir le marché de l’aviation civile. Grâce à des incitations fiscales, des subventions et une taxe de 2% sur les liaisons internationales et certaines liaisons intérieures, le gouvernement indien souhaite ramener à 2.500 roupies (environ 34 euros) le prix de vol par heure sur de nombreuses lignes intérieures permettant ainsi à davantage d’usagers de prendre l’avion. En amendant la règle dite des « 5-20 rule », laquelle obligeait les compagnies désireuses d’opérer des vols à l’étranger d’exploiter au moins 20 avions depuis cinq ans, le Gouvernement encourage la compétitivité. Ainsi les nouveaux entrants, à l’instar de Vistara, détenue par Singapour Airlines et l’indien Tata, ou AirAsia India aussi en partenariat avec Tata, vont pouvoir s’attaquer au marché international sans attendre cinq ans.

Un coup d’accélérateur sur les infrastructures

Problème : quel utilisateur du réseau aérien indien n’a pas déjà subi un retard de vol du à la saturation du trafic dans les grands aéroports ? … Pour pallier à ce manque d’infrastructures et améliorer les connectivités au sein des régions indiennes, le Gouvernement Modi a donc annoncé en 2016 son plan de relance et de construction : le Regional Connectivity Scheme (RCS).

Il promet d’abord de redonner vie à des aéroports abandonnés comme celui de Jaisalmer, cathédrale de verre inaugurée en 2013 mais désespérément vide depuis la faillite de la compagnie low-cost Kigfisher Airlines, son principal utilisateur…

Le programme vise surtout à encourager la construction de nouveaux aéroports à bas coûts pour améliorer l'accès aux zones isolées et rurales tout en désengorgeant les principaux aéroports : ce sont donc entre 45 et 50 nouveaux aéroports qui devraient être opérationnels d’ici 2019.

L’État du Maharashtra (sud-ouest) est, par exemple, le premier État indien à avoir signé un accord avec le Ministère de l’aviation civile et les Autorités Aéroportuaires Indiennes (AAI). L’ouverture de l’aéroport de Shirdi (une ville connue pour son pèlerinage), en novembre 2016, marque donc le début des grands travaux.

L’ambition annoncée du programme est d’ouvrir 150 autres aéroports dans les dix prochaines années, en partie grâce à des partenariats public-privé (PPP) désormais ouverts aux capitaux étrangers.

L’idée de former des joint-ventures public-privé entre Airports Authority of India (AAI) n’est pas nouvelle. Le modèle, qui vise entre autres à pallier le manque de personnel qualifié nécessaire au bon fonctionnement des terminaux a fait par exemple le succès du Indira Gandhi International Airport de Delhi. En 2006, la gestion en a été confiée au consortium Delhi International Airport Limited (DIAL), en partenariat avec l’AAI. L’allemand Fraport AG et le malaisien Malaysia Airport détenait chacun 10% des parts de DIAL, GMR Group, de Bangalore, 50,1%, tandis que l’AAI en conservait 26%. En 2015, Malaysia Airport a toutefois décidé de revendre ses investissements.

D’une superficie de 439 000 m2 répartis sur quatre niveaux, le nouvel aéroport de Mumbai a été conçu pour traiter à lui-seul jusqu’à 40 millions de passagers annuels. Son nouveau T2 peut accueillir simultanément jusqu’à 3 Airbus A380. Il est géré par Mumbai International Airport Limited (MIAL), un joint venture entre AAI et GVK Industries Ltd. Ce dernier conglomérat indien également en charge de l’aéroport international de Bangalore.

Avec l’assouplissant des règles d'investissement direct étranger (IDE), de 74% à 100% pour les aéroports, ce sont désormais les entreprises étrangères qui s’intéressent de près au secteur … En 2016, par exemple, la filiale indienne de la société canadienne, Fairfax a justement acquis pour 321 millions, 33% de participation dans Bangalore International Airport qui détient et exploite, via GVK Industries Ltd, l’aéroport de Bangalore.

Mi-janvier, Xavier Huillard, le PDG du groupe français de BTP et de concessions Vinci, annonçait à Reuters son intention de remettre une offre pour la construction et la concession du tout nouvel aéroport Navi Mumbai, destiné à désengorger l'actuelle plateforme aéroportuaire de la capitale économique indienne.

Le Gouvernement Modi semble miser sur l’aéronautique pour le développement du pays. Le lancement rapide et suivi du RCS paraît prometteur pour le développement et la gestion efficace de nouveaux aéroports répondant à l’accroissement des vols. Ce mois de février marque donc la sélection des candidats et le lancement d’une cinquantaine de projets, menés en partenariat Public-Privé, sur tout le territoire. Un élan qui ne devra pas se relâcher pour atteindre les ambitieux objectifs annoncés et attirer, par son dynamisme, encore davantage d’investissements étrangers.

Pour en savoir plus, vous pouvez télécharger le Livre Blanc Aéronautique et défense en Inde : opportunités pour les entreprises de la francophonie.

Photo: Aéroport international de Trivandrum

Amélie Weigel | Journaliste – Arsha Consulting

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