Ce 14 février 2017, tandis que les couples profitent d’un déjeuner en tête à tête, les amoureux de l’aéronautique, se retrouvent au salon Aero-India de Bangalore, pour l’ouverture du plus important salon international de l’aéronautique en Asie. Comme pour la précédente édition de 2015, la délégation française est présente en nombre avec en point de mire, les trois Rafale de l’armée de l’air arrivés le 8 février dernier sur la base militaire indienne de Yelahanka pour des démonstrations qui auront lieu au cours de ces quatre journées de rencontres.

La saga indienne du Rafale est encore dans toutes les têtes et la vente des 36 avions de chasse, conclue le 23 septembre dernier, met en avant le savoir-faire technologique et les compétences de l’aéronautique française dans un pays qui achète plus de 60% de ses équipements militaires à l’étranger. C’est aussi l’aboutissement naturel de la relation de confiance qui lie les deux pays depuis les années 50. Des acteurs clés et des relations commerciales historiques qui s’intensifient et se diversifient depuis le lancement, en 2014, du programme ‘Make in India’.

Des relations historiques

Le 26 janvier 2016, le jour du Republic Day, une troupe étrangère est invitée pour la première fois à défiler aux côtés de l’armée indienne. À New-Delhi, sous les yeux du Président français et du Gouvernement indien ce sont ainsi 123 soldats du 35ème régiment d’infanterie de Belfort qui participent à cette parade inédite. Un signe fort qui tend à prouver que la coopération en matière de défense est l’une des pierres angulaires des relations bilatérales entre les deux pays.

Ces relations démarrent à l’indépendance de l’Inde en 1947. Saviez-vous que le premier contrat d’exportation du chasseur Ouragan, alors fleuron de Dassault Aviation, a été signé à Delhi dès 1953 ? Alors que les tensions avec le Pakistan voisin sont fortes, l’Inde signe en effet une commande de 71 chasseurs français (complétée par une commande supplémentaire de 49 appareils en 1954). Un contrat qui marque le début d’un long partenariat avec Dassault puisqu’au fil des années, l'Inde s’équipera de la quasi-totalité de la gamme développée par l'avionneur français, des Mystère IV au Mirage 2000 en passant par les Jaguar.

Au début des années 90, l’effondrement du bloc soviétique oblige l’Inde à rechercher de nouvelles solidarités. Dans cet élan, l’Inde et la France signent en 1998 un important partenariat stratégique qui renforce les liens de défense indo-français. Des concrétisations commerciales suivent : en 2005 par exemple, l’Inde achète à la France six sous-marins Scorpène (Trois sous-marins supplémentaires pourraient être commandés rapidement). Dans le cadre de l'Accord de coopération de la défense indo-française, signé en 2013, le dialogue stratégique entre les deux pays s'étend désormais à la collaboration industrielle, à la lutte anti-terroriste et aux exercices militaires conjoints. Ainsi, dès 2014, des pilotes de l’Indian Air Force avaient pu tester le Rafale lors de l’exercice aérien conjoint Garuda.

Des acteurs clés bien implantés localement

Ces relations historiques et commerciales ont donc favorisé l’implantation d’industriels français aux côtés des principaux groupes publics indiens tels que Hindustan Aeronautics Limited (HAL) ou Bharat Electronics Limited (BEL) mais également aux côtés d’acteurs privés. Ainsi, en plus de Dassault, Thalès, Safran ou encore Airbus sont présents en Inde depuis des décennies et se développent habilement en multipliant les partenariats.

Installé en Inde depuis plus de 60 ans, le groupe de défense et de haute technologie, Thales, évolue localement grâce à l’ouverture de sociétés conjointes. En  2014, l’entreprise crée, par exemple, une société spécialisée dans les radars militaires et civils avec BEL. La signature du contrat de modernisation des Mirage 2000H/TH indiens a également permis à l'industriel d'identifier de nouvelles petites et moyennes entreprises du secteur privé afin de répondre à l’obligation des offsets.

Safran est devenu un incontournable en Inde dans ses trois domaines d’activité : l’aéronautique et l’espace, la défense et la sécurité. Le travail de ses 2600 collaborateurs en a fait le premier fournisseur des forces armées indiennes : ses moteurs équipent en effet 65% de la flotte d'hélicoptères et  d’avions militaires indiens. Dans le domaine civil, Safran est aussi le partenaire ‘moteurs’ de nombreuses compagnies aériennes.

En matière de production, deux collaborations semblent prometteuses : l’accord à long terme signé en octobre 2014 avec la société Bharat Forge et la création d'une société commune entre Snecma (filiale de Safran) et Max Aerospace. Baptisée Max Aero Engines Private Limited, cette entité assure depuis 2015 les opérations de maintenance, de réparation et de révision (MRO) des moteurs M53 qui équipent les chasseurs Mirage 2000H de l'Indian Air Force.

Via sa filiale Sagem, Safran s’est aussi associé à HAL pour fournir l'autopilote de ses hélicoptères légers (ALH) et de combat (LCH). Sagem, qui a également signé un accord avec l'industriel indien OIS-Advanced Technology pour la création d'une société en charge de la production locale des kits de bombes AASM (Armement Air Sol Modulaire) Hammer, qui équipent le Rafale.

Et que dire de Airbus? Une présence en Inde depuis 1974, une place de leader dans l’aviation civile avec une flotte indienne composé à 56% de ses avions, plus de 5000 collaborateurs en Inde et 250 millions d'euros de chiffre d'affaires auprès de l'industrie indienne … Un succès qui tient beaucoup au fait que le constructeur européen s’appuie lui-aussi sur des partenaires indiens et favorise une production locale. Ainsi, dès les années 60, la vente de la licence de production de l’Alouette III (rebaptisé Cheetah-Chetak par HAL) a permis à Airbus Helicopters de faire la preuve de sa capacité à étendre un partenariat dans le cadre d’un transfert de technologies quasi-complet. Depuis 1988, l'avionneur travaille en direct avec HAL qui produit la moitié des portes avant passagers de l'A320. Il incite aussi ses principaux fournisseurs à coopérer avec les entreprises indiennes. Résultat : Airbus India travaille sur place avec 45 fournisseurs locaux … Et les développements se poursuivent à un rythme accéléré …

Des collaborations plus nombreuses et diversifiées grâce au ‘Make in India’

Effectivement, le lancement du programme ‘Make in India’ en 2014 par le Gouvernement Modi vise à favoriser les investissements étrangers tout en encourageant justement le développement de partenariats et le transfert de technologie via la politique des offsets, des compensations industrielles ou commerciales, négociées en amont du contrat.

Le fait que les groupes français soient déjà bien implantés en Inde est un avantage incontestable sur ce marché en pleine croissance d’autant que les offsets permettent désormais de s’affranchir des groupes publics pour choisir des partenaires privés, peut-être plus réactifs et prometteurs.

Début février, la Competition Commission of India (CCI) a ainsi validé la création de Dassault Reliance Aerospace, une co-entreprise entre le conglomérat indien Reliance Group et le français Dassault qui répond à l’obligation des compensations suite à l’achat des Rafale. La co-entreprise "développera des programmes indiens majeurs avec d'importants transferts de technologie au bénéfice de tout le secteur aérospatial" insiste le communiqué.

Ces offsets permettent désormais à un grand nombre de PME spécialisées d’investir directement le secteur. La précédente édition de Aero-India a par exemple permis au groupe Trigo ou encore Hexcel de développer leur visibilité sur le marché indien. Avec l’aide de spécialistes du secteur, comme les équipes d’Arsha Consulting, l’occasion est belle pour ces professionnels français, indiens ou étrangers d’amorcer une première prospection ou de rencontrer d’éventuels partenaires.

D’autant que tous les champs sont désormais ouverts : de la formation (dans le cadre de Skill India) jusqu’à la maintenance en passant par la Recherche et le Développement.  Ce n’est certainement pas un hasard si le 27 janvier dernier, Aerocampus Aquitaine signait un contrat commercial avec le gouvernement du Telangana pour développer un centre de formation Aéronautique à Hyderabad.

Grâce à des relations diplomatiques et commerciales anciennes, les leaders de l’aéronautique français assoient leur présence en Inde tout en développant des partenariats stratégiques, aptes à valoriser leur expertise et leur savoir-faire dans le cadre d’appels d’offre, en plus d’accroître leur capacité de production. Dans le même temps, le ‘Make in India’ favorise l’arrivée de PME qui peuvent à leur tour se placer sur un marché aéronautique en pleine expansion dont toutes les composantes sont à développer.

Les prochains quatre jours de Aero-India 2017 sont donc une occasion rêvée pour concrétiser de nouveaux partenariats entre la France et l’Inde. Premier bilan à venir …

Amélie Weigel | Journaliste – Arsha Consulting

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