Les entreprises indiennes de la défense et l’aéronautique à surveiller de près

Les dernières années ont connu une revitalisation dans les secteurs dormants de l’aéronautique et de la défense – une industrie à fort potentiel mais qui était, jusqu’à présent, à la traine. Le gouvernement de Modi, qui est entré au pouvoir il y a trois ans, a fait un effort important pour entrainer ce secteur dans son programme ‘Make in India’ visant à stimuler la croissance et encourager la production locale. L’Inde, qui compte la troisième plus grande armée du monde, est dépendante à hauteur de 60% d’importation de ses besoins en matière de défense. Le gouvernement est en train de mettre en place un environnement propice à la réduction de cette dépendance et basculer vers l’autosuffisance et la modernisation.

L’ouverture du secteur aux acteurs privés a entrainé une vague de développement, de nouveaux projets et de coentreprises sans précédent. Pour simplifier l’approvisionnement en matériel de défense, le ministère de la Défense a apporté des changements adéquats à sa procédure de passation de marchés dans le domaine de la défense en 2016. Il a également facilité une compensation (offset) accélérée des programmes par le Conseil de la Défense dans les plateformes navales, les systèmes d’artillerie, les systèmes de défense aérienne et les avions. Dans une réforme radicale d’investissements directs étrangers (IDE), le gouvernement a autorisé 100% d’IDE dans le secteur de la défense et l’aviation.

Même l’industrie de l’aéronautique qui, jusqu’ici, était un domaine exclusif du secteur public, a vu une participation frénétique des acteurs privés locaux. L’Inde compte le plus grand nombre de voyageurs aériens domestiques dans le monde et les plans du gouvernement de développer 200 nouveaux aéroports dans les années à venir, représentent de grandes opportunités.

Le livre blanc d’Arsha Consulting sur l’industrie explique qu’il était temps d'ouvrir ce secteur aux acteurs privés. “Face à une industrie dans un état plutôt pitoyable, le gouvernement de Modi s’est engagé à accroître la participation des acteurs privés en espérant remédier aux principales difficultés de ce secteur, à savoir, les retards chroniques, les dépassements de coûts constants et un manque de confiance des groupes internationaux dans les sociétés publiques indiennes,” a-t-il souligné.

Pendant des années, les acteurs privés ont aspiré à une plus grosse part du gâteau, et le gouvernement a finalement construit un environnement propice à ce but. Parmi ces entreprises indiennes du secteur de la défense et de l’aéronautique qui profitent des opportunités de ce climat plus favorable, on peut citer Tata Group, Larson & Toubro, Reliance et Mahindra & Mahindra entre autres. Voici le portrait de ces grands acteurs du secteur.

Le Groupe Tata

Étant l’un des plus grands conglomérats depuis des années, le Groupe Tata a su reconnaitre les opportunités dans l’industrie de la défense et de l’aéronautique. D’ailleurs, ce fut JRD Tata, le fondateur de TATA, connu comme étant le père de l’aviation indienne, qui fut la première personne à recevoir une licence de pilote en Inde. Air India, la compagnie aérienne officielle de l’Inde, a commencé son parcours en tant Tata Airlines en 1932. De ce fait, la compagnie a eu à cœur d’être omniprésente dans le secteur de l’aéronautique depuis des décennies.

Le groupe Tata est également un vétéran dans le secteur de la défense puisque, depuis plus d’un demi-siècle, il s’est associé aux forces armées indiennes pour tout leur fabriquer : des composants de missiles aux véhicules de l’armée.

Aujourd’hui, le groupe Tata a mis l’accent sur l’industrie de la défense et de l’aéronautique avec huit de ses entreprises qui opèrent dans le secteur. Il s’agit notamment de Tata Advanced Systems Limited, Tata Consultancy Services, Tata Advanced Materials, Tata Motors, Titan Company, Tata Steel (commerce d’acier spécialisé en Europe), TAL Manufacturing Solutions et Tata Power Strategic Engineering Division, TASEC, TATA Industrial Services et Tata Technologies. L’offre de ces entreprises s’étend de la conception et l’intégration des systèmes jusqu’à la fabrication de solutions complètes.

L’accent mis par le gouvernement sur la fabrication locale a littéralement boosté l’économie de l’entreprise qui a vu ses revenus générés par la défense et l’aéronautique croître de 7,5% l’année dernière pour atteindre 411 million de dollars.

Dans le passé, la compagnie s’était liée avec Honeywell International pour construire des navigateurs de défense. Cette année, le groupe a connu des développements encourageants. L’entreprise s’est associée avec Airbus dans le but de construire 56 avions pour l’Armée de l’air indienne. Elle a également annoncé la livraison de composants pour 15 hélicoptères CH-47 Chinook à l’avionneur Boeing qui seront configurés et livrés à l’Armée de l’air indienne. Tata Advanced Systems Limited a également mis en poche l’un des plus grands projets dans le cadre de l’initiative ‘Make in India’. Il fera équipe avec la plus grande entreprise de défense au monde, Lockheed Martin, pour la fabrication d’avions de combat F-16.

Larson & Toubro

Durant des années, Larson & Toubro (L&T) a voulu intégrer le secteur de la défense indienne. Il y a trois décennies, il a commencé à travailler avec le DRDO (Defence Research and Development Organisation), soit l’Organisation de Recherche et Développement de l’Inde sur de nombreux projets de défense. Cependant, le manque de clarté des régulations pour un acteur privé a fait que ces plans ne se sont jamais concrétisés.

Aujourd’hui néanmoins, les espoirs de L&T ont été ressuscités provocant une deuxième incursion dans le secteur de la défense. Il est actuellement l’un des principaux fournisseurs d’équipements et de systèmes de défense dans le secteur privé. La compagnie fournit des solutions indigènes depuis la conception jusqu'à la prestation dans la défense incluant des systèmes de lancement d'armes terrestres, de défense aérienne, d’artillerie et des mises à jour des systèmes de lancement d’armes navales avec des solutions de lutte contre les incendies ainsi que des systèmes de pontage, de communication, de l’avionique, des systèmes de missiles.

L&T dispose d’une équipe de 9500 membres, 6 centres d’excellence et mènent des opérations à travers plus de 30 sites dans le monde. C’est une entreprise dotée d’une infrastructure fiable et établie pouvant entreprendre de grands projets. Ses installations comptent un chantier naval de pointe à Kattupalli (près de Chennai), un deuxième à Hazira ; un complexe de Systèmes Stratégiques (Strategic Systems Complex – SSC) à Talegaon (près de Pune) pour l’assemblage et l’intégration de systèmes d’armes terrestres et navales, un complexe de fabrication et de systèmes de précision à Coimbatore qui assure l’assemblage de cellules de précision, de composants et de sous-systèmes pour missiles et aérospatiale, ainsi que son centre d’électroniques stratégiques à Bangalore qui réalise la production de systèmes de communication militaire et avionique.

Dans le cadre du projet L&T Lakshya, un plan stratégique quinquennal, l’entreprise cherche à produire des équipements de défense estimés à un montant de 155 millions de dollars chaque année, d’ici 2021. Bien qu’il n’en soit pas encore là, il est sur la bonne voie avec des projets majeurs à son actif.

Sa coentreprise 51 : 49 avec l’entreprise française MBDA Missile Systems a été l’une de leurs réussites la plus marquante. Dans le cadre de ce partenariat, L&T développera des missiles et des systèmes de missiles pour le gouvernement indien. Cette année, la société a également empoché sa plus grosse commande d’équipements de défense jusqu’à présent d’une valeur estimée à 698 millions de dollars, pour fournir des systèmes de canon à l’armée indienne.

Le mois dernier, il a lancé le tout premier dock flottant du chantier naval (FDN-2) à Kattupalli, aux services de la marine indienne. ‘Yard 55000’ a la capacité d’embarquer des navires de guerre d’un déplacement correspondant à 8,000 tonnes. Le projet a été mandaté par le ministre de la Défense en 2015 pour un coût impressionnant de 72.6 millions de dollars.

Reliance Industries

Reliance Defence and Engineering Limited (RDEL) anciennement connu comme Pipavav Defence and Offshore Engineering Company Limited (PDOECL) a la réputation d’être l’une des plus grandes sociétés d’infrastructure d’ingénierie au monde. En fait, RDEL est la première entreprise du secteur privé en Inde à avoir l’autorisation de construire des navires de guerre. Il opère à partir de son chantier naval situé à Pipavav au Gujarat.

Ici, il travaille sur la construction de systèmes de gestion de combat, la coproduction d’armes, de systèmes, la fabrication de véhicules et de systèmes sous-marins ainsi que des projets de génie lourd, de construction navale et de gréage de pétrole.

Reliance est également en ordre de marche pour réaliser le contrat de compensation d’avions Rafale qui sera le plus grand contrat d’offsets de ce type en Inde estimé à environ 4.6 milliards de dollars. Avec deux coentreprises consécutives liées au contrat des Rafale estimé à 8.8-billions de dollars, la société vise un chiffre d’affaire de 3.3 milliards de dollars dans le cadre des compensations.

Parmi les initiatives prises se trouvent une coentreprise entre Reliance Aerostructure Limited’s et Dassault Aviation nommée Dassault Reliance Aerospace Limited (DRAL). Reliance disposera d’un actionnariat de 51% dans le cadre de cette entreprise commune alors que Dassault Aviation (DA) détiendra 49%. Ce partenariat vise à promouvoir des projets de recherche et de développement dans le cadre du programme IDDM (Indigenously Designed, Developed and Manufactured soit, Concevoir, Développer et Fabriquer Localement) afin d’apporter sa contribution au secteur de l’aérospatial.  En juin de cette année, Reliance Defence Limited (RDL) a annoncé son intention de former un autre partenariat commercial, cette fois-ci, avec la société multinationale française Thales afin de développer les capacités indiennes à intégrer et à entretenir les capteurs de radar et de guerre électronique. Récemment, la société a aussi annoncé qu’elle travaillera en partenariat avec la société française Daher Aerospace pour concevoir et construire une unité de fabrication d’équipements aérospatiaux.

En juillet, le groupe Reliance a également reçu des approbations gouvernementales pour construire son parc aérospatial ‘Greenfield’ d’une valeur de 1 milliard de dollars près de Nagpur au Maharashtra. Le parc aéronautique s’étendra sur 117 hectares et comprendra éventuellement des lignes de montage et des installations de fabrication pour des aéronefs à voilure fixe, d’avions de défense et d’hélicoptères commerciaux ainsi qu’une structure aéroportuaire pour des avions commerciaux.

Mahindra & Mahindra

Au cours des années 70, le groupe Mahindra a acquis la réputation d’être l’une des premières sociétés de véhicules utilitaires en Inde. Il est essentiellement connu pour le développement de la "Jeep" séminale en Inde, un projet qui lui a ouvert les portes dans le secteur de la défense. Depuis 1947, il a lancé un portefeuille de véhicules blindés, de systèmes terrestres et navals, d’électroniques de défense et de systèmes de communication dans l’espace de la défense.

Cependant, ce fut en 2008 que le conglomérat s’est décidé de s’aventurer dans l’aéronautique créant Mahindra Aerospace. Il a par la suite acquis Gipps Aero and Aerostaff (Australie) en 2010. Bien qu’il s’agisse d’un nouveau venu dans le domaine de l’aéronautique, l’entreprise a déjà marqué le secteur. En 2013, Mahindra Aerospace a mis en place une usine de 25 000 mètres carrés près de Bengaluru en Inde, un local grandeur nature qui fabrique et assemble des structures d'aéronefs entre autres.

Parmi ses projets qui ont connu un beau succès, il y a eu la conception d’un nouvel aéronef utilitaire – le C-NM5 – en collaboration avec les Laboratoires nationaux de l'aérospatiale indienne, pour un projet unique en son genre. Cet avion civil multi-missions a vu le jour en 2011 quand il a été piloté au sein des installations de production d’aéronefs de Mahindra en Australie.

Mahindra Aerostructures a récemment signé un contrat à long terme avec la société Airbus SAS pour fabriquer et fournir des composants pour les aéronefs A320neo et A350XWB. Ce travail sera exécuté avec son sous-traitant, Segnere SAS, basé en France.

Il a également récemment lancé son avion turbopropulseur à 10 places, l’Airvan 10, au Salon aéronautique du Bourget à Paris. Avec le plan du gouvernement de construire de nouveaux aéroports, Mahindra voit en cela une belle opportunité pour ses petits avions.

Sur le plan de la défense, Mahindra Defence, en partenariat avec la société britannique BAE Systems, développe l’emblématique obusier ultra-léger.

Les entreprises de défense et d’aéronautique indiennes prennent confiance en empochant des projets ambitieux de conception et fabrication, signant un nombre record de partenariats avec certaines des entreprises les plus importantes au monde ; tous ces signes attestent de l’environnement dynamique qui est rapidement en train de façonner le pays comme un centre de fabrication aérospatiale et de défense.

Si vous cherchez à importer d’Inde ou à collaborer dans le secteur croissant de l’aéronautique et de le défense en Inde, Arsha Consulting possède une solide équipe d’experts qui peuvent vous aider. Contactez-nous pour en savoir plus.

Elizabeth Raj | Blogger

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