Rafale en Inde : après la saga, un nouveau souffle pour le projet Dassault

Si la Malaisie a récemment décliné l’offre de Dassault – préférant améliorer ses capacités de surveillance plutôt que de remplacer sa flotte vieillissante – l’avionneur français a quand même eu beaucoup de succès  dans d’autres pays d’Asie et au Proche-Orient : l’Egypte et le Qatar ont acheté chacun 24 avions, et l’Inde, elle, a commandé 36 appareils après le contrat signé le 23 septembre 2016. L’Inde est devenue donc le 2e pays d’Asie, après le Qatar à concrétiser avec Dassault et cet accord pourrait potentiellement amener d’autres contrats pour le constructeur français.

Toutefois, l’Inde a pris beaucoup de temps avant d’apposer sa signature et de conclure la transaction avec Dassault. Pour mieux comprendre les raisons des multiples rebondissements liés à ce contrat, retour en arrière sur l’histoire de la saga Rafale avec l’Inde.

La saga Rafale : 15 ans de combat

Au tout début de la saga, un appel d’offres est lancé en 2001 par le ministère de la Défense indien dans le but de fournir 126 avions multi-rôle à l’armée de l’air indienne (IAF). L’appel d’offres dit MMRCA (Medium Multi-Role Combat Aircraft) compte 6 participants : le Rafale de Dassault, l'Eurofighter Typhoon, le General Dynamics F-16 C/D Falcon, le McDonnell Douglas F/A-18E/F Super Hornet, le Saab JAS 39 Gripen et le Mikoyan-Gourevitch MiG-35.

Pendant les sélections, qui ont démarré en juillet 2009, 4 des participants de la compétition MMRCA sont éliminés pour des raisons technico-opérationnelles ; la finale se dispute entre le Rafale et l’Eurofighter.

Après plus de 3 ans de suspense, le verdict tant attendu tombe enfin : l’Inde choisit Dassault. Le gouvernement indien considère que l’offre Dassault est plus avantageuse ; le prix proposé est de 22 à 26 % moins cher que celui de Typhoon. Les caractéristiques du Rafale - rappelant celles du Mirage 2000 -, son faible coût du cycle de vie et sa force de frappe nucléaire ont aussi contribué à faire pencher la balance en faveur du constructeur français. Les deux parties commencent donc à préparer les négociations et, en février 2012, le ministre de la Défense français, Gérard Longuet, est confiant sur la signature du contrat.

Les prévisions de Gérard Longuet semblaient justes puisqu’en mars 2012, le gouvernement indien de Modi annonçait l’intégration de 18 avions Rafale dans l’IAF pour 2016 et que les négociations avec Dassault devaient se terminer mi-2013. Puis, début janvier 2013, Modi évoque l’acquisition de 63 avions supplémentaires.

Coup de tonnerre en février 2015, les négociations butent sur les compromis exigés par l’Inde, notamment le transfert des technologies et une partie de la fabrication des avions localement.

Paradoxalement, le PDG de Dassault Aviation montre son optimisme sur ce partenariat stratégique – « gagnant-gagnant ». Entre-temps, l’Inde confie que sa décision sera prise suite à la publication d’un rapport final en mars 2015.

En avril 2015, les négociations commencent à prendre une autre tournure quand Modi dévoile son projet d’acquisition de 36 Rafales contre les 126 prévus lors de l’appel d’offres. Fin mai 2015, le ministre indien de la Défense indique en effet que l’achat des 126 Rafale est un projet jugé « économiquement non viable, et pas nécessaire ». De son côté, Narendra Modi explique qu’il aspire à réduire le taux d’importation et privilégie le concept « Make in India » avec 70 % des matériels fabriqués localement d’ici 2020.

3 mois après, l’Inde et la France ne trouvent toujours pas d’accord. Les raisons de ce désaccord : les prix des avions et la production locale partielle exigée par le gouvernement indien.

Enfin, le 25 janvier 2016, les ministres de la Défense français et indien décident de mettre fin à toutes ces agitations et signent un protocole d’accord intergouvernemental. Cet accord se concrétise finalement et la signature du contrat a lieu le 23 septembre 2016.

Le contrat stipule qu’un montant de 50 % en offsets sera alloué aux parties indiennes : 20 % du montant en composants de Rafale fabriqués localement et 30 % seront consacrés aux investissements de recherche sur le secteur de la défense.

Satisfaite des termes du contrat, l’Inde a finalement conclu une acquisition de 36 avions de chasse Rafale contre les 126 prévus lors des négociations. La somme estimée de 12 milliards de dollars en 2012 est aussi descendue à 7.88 milliards de dollars.

Un deuxième contrat imminent

Les deux parties ont fait une bonne affaire en mettant fin à cette longue saga. Dassault ne peut que se réjouir de cet accord qui aurait pu ne pas avoir lieu - même s’il misait sur une plus grosse commande. Dans la foulée, Dassault a commencé à remplir les obligations d’offsets avec son partenaire Reliance Defence et espère vendre plus d’avions grâce à ce partenariat stratégique.

Quant à l’Inde, son acquisition de 36 Rafale pour 7.88 milliards de dollars est, à juste titre, un meilleur deal que celui de l’Egypte (5.2 milliards d’euros) et du Qatar (6.3 milliards d’euros) pour l’achat de 24 avions seulement.

En outre, les avions Rafale permettront à l’armée indienne de devenir un adversaire aérien redoutable, car il est considéré comme l’avion de guerre le plus approprié pour le sous-continent : sa polyvalence lui permet de réaliser des missions de renseignement, de police aérienne, des frappes au sol et il peut être embarqué sur un porte-avions.

Cependant, les 36 avions commandés, soit à peu près 2 escadrons, ne sont pas suffisants pour renforcer les manquements de l’IAF (Indian Air Force) et l’Inde prévoit déjà d’en rajouter d’autres à cette première série. D’ailleurs, l’Inde envisage la signature d’un 2e contrat avec l’acquisition de 36 Rafale supplémentaires en 2019, dès la livraison de la première commande.

Les relations Inde-France sont désormais en pleine progression et la France a même décidé d’offrir 31 avions Jaguar à l’Inde pour consolider sa flotte d’avions vieillissants. Bienveillance ou stratégie ? Quoi qu’il en soit, ce partenariat est un levier décisif pour promouvoir la vente de nouveaux avions de guerre dans le sous-continent.

Frédéric Cunniah | Rédacteur

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