Un environnement économique et politique favorable pour l’aéronautique en Inde

Pas de doute, le marché indien est porteur. En effet, malgré des inégalités sociales criantes, le pays est actuellement la quatrième puissance économique mondiale (en PIB de parité de pouvoir d’achat).

L’Inde bénéficie en outre d’atouts majeurs et durables. Mentionnons notamment :

  • une situation politique stable, une croissance soutenue depuis 20 ans (7,6 % pour 2015-2016) ;
  • une croissance prononcée de la classe moyenne et de son pouvoir d’achat ;
  • une main d’œuvre jeune et abondante ;
  • de fortes mesures incitatives destinées à stimuler les investissements étrangers dans le cadre du programme « Make in India » lancé en 2014 par le gouvernement Modi.

Comment ces indicateurs au vert se traduisent-ils dans le secteur de l’aéronautique ?

Aéronautique : un marché civil prometteur

Le marché aérien civil de l’Inde présente actuellement un potentiel considérable.

  • Depuis 2007, la croissance annuelle du marché intérieur aérien atteint 11 % et celle de son marché international 9,5 %.
  • Même si l’Inde accuse encore du retard face à une puissance comme la Chine, par exemple, qui transportait plus de 230 millions de passagers en 2010, comparé à environ 48 millions pour l'Inde, cet écart se comble rapidement. Déjà, en 2015, 81 millions de passagers prenaient l’avion en Inde, et l’Association Internationale du Transport Aérien (IATA) en prévoit 370 millions d’ici 2020, ce qui placerait le pays juste derrière la Chine et les États-Unis pour le nombre de passagers.

L’évolution actuelle touche tous les créneaux du transport aérien :

  • les vols intérieurs, secteur clé du développement, représentent 80 % des vols ;
  • en ce qui concerne les vols internationaux (l'Inde a conclu des accords de type « ciel ouvert » avec de nombreux pays, voisins comme lointains), le nombre de visiteurs étrangers devrait doubler d’ici 2023 ;
  • le fret devrait également doubler d’ici 2023 (30 % du fret importé en Inde arrive par voie aérienne).

Boum dans les infrastructures aéronautiques

Au plan des infrastructures, le pays est en pleine ébullition.

  • Le gouvernement indien a lancé le Regional Connectivity Scheme (RCS), qui promet de favoriser la construction ou la rénovation de 50 nouveaux aéroports d’ici 2019. Au total, 160 aéroports seront rénovés, agrandis ou entièrement construits d’ici 5 ans.
  • Le nouveau terminal de New Dehli, desservi à la fois par u ne autoroute et un métro aérien, peut accueillir 35,8 millions de passagers, et il a connu une hausse de près de 20 % en 1 an.
  • Le nouvel aéroport de Mumbai, d’une superficie de 439 000 m2 sur quatre niveaux, a une capacité de 40 millions de voyageurs par an et son nouveau T2 peut accueillir simultanément trois Airbus A380.
  • L’aéroport international d’Hyderabad se classe depuis 2010 dans le Top 3, catégorie de 5 à 15 millions de passagers, des meilleurs aéroports au monde.

Bref, toutes les villes indiennes de catégorie « Tier 1 » (Mumbai, Delhi, Bangalore, Chennai, Hyderabad, etc.) et « Tier 2 » (Pune, Kanpur, Ahmenabad, Coimbatore, Jaipur, etc.) rattrapent présentement leur retard en matière d’infrastructure aéronautique.

Une évolution structurelle notable

Enfin, à moyen terme, l'offre de transport aérien en Inde devra aussi compter avec trois axes de développement :

  • « l'ultra low cost » pour les vols intérieurs grâce aux incitations financières du gouvernement, qui souhaite ramener à 2 500 roupies (environ 34 euros) le prix de l’heure de vol sur de nombreuses lignes intérieures ;
  • la croissance des entreprises régionales dans le segment des longs et moyens courriers (via les accords « ciel ouvert ») ;
  • le segment des vols d'affaires privés, présentement en plein boom (la société privée Club One Air est d'ores et déjà le principal concurrent de Netjet).

Défense : d’importants investissements en vue

En ce qui concerne la défense nationale, l'Inde se trouve dans un contexte géostratégique on ne peut plus sensible. Les relations avec le Pakistan sont détestables : depuis l’indépendance de l’Inde en 1947, les deux pays se sont affrontés militairement à quatre reprises. La question du Cachemire, coupé entre les deux États, demeure entière, et les accrochages frontaliers sont constants.

Les relations avec la Chine demeurent également délicates. Même si les deux pays sont de grands partenaires commerciaux, l'Inde a de fréquents différends avec cette grande puissance mondiale. Conséquence : l'armée indienne doit affirmer sa puissance et même s’il n’existe aucune menace imminente, les forces aériennes indiennes actuelles sont largement insuffisantes.

En effet, alors que l'armée de l'air indienne devrait compter 42 escadrons de 18 appareils, seuls 34 sont opérationnels. De plus, l’on devra dans les prochaines années mettre hors service 14 escadrons de Mig 21 et 27, devenus obsolètes. Sa flotte comprend actuellement, outre les Mig 21 et les Mig 27, des Mig 29, des Soukhoï 30MKI, et prochainement des Tejas, fabriqués en Inde. Les 36 avions de combat français Rafale de Dassault Aviation nouvellement acquis sonnent le renouveau de la défense indienne, même si on est encore loin de la commande initiale de 120 appareils.

Les programmes de renouvellement des équipements de l’armée indienne, qui affichent divers stades d’avancement, représentent plus de 300 milliards d'euros !

Ouverture aux investissements étrangers

Afin de répondre à des besoins impressionnants et de réduire sa dépendance vis-à-vis de l’étranger, le gouvernement Modi a lancé en 2014 son programme « Make in India », destiné à dynamiser la base industrielle et technologique de plusieurs secteurs d’activité, dont l’aéronautique.

Aussi, dans le secteur de l’aviation civile et militaire, le programme « Make in India » vise à soutenir l’industrie indienne pour la rendre plus autonome.

Deux pistes nous intéressent ici :

  • le développement des partenariats et des investissements étrangers ;
  • le transfert de technologies par le biais des offsets, ou contreparties.

En juin 2016, le gouvernement indien annonçait une réforme visant à assouplir les règles régissant les investissements étrangers directs (IDE) dans neuf secteurs clés dont ceux de l'aviation civile et de la défense. Cette nouvelle réglementation permet désormais à des investisseurs étrangers approuvés par le gouvernement indien de détenir à 100 % une compagnie aérienne locale.

L’on vise également à faciliter les investissements étrangers dans la construction et la modernisation des aéroports.

Dans le secteur de la défense, le gouvernement a légèrement modifié les conditions imposées aux groupes étrangers qui souhaitent posséder plus de 49 % d'une société indienne : ils devront désormais offrir à l'Inde un accès non plus à des technologies « de pointe », mais à des technologies « modernes ».

En effet, la politique des offsets, ou des compensations industrielles ou commerciales, négociées en amont du contrat, est maintenant vue comme la clef du développement des partenariats en Inde.

Les transferts de technologies, notamment, sont au cœur des négociations.

Des mesures concrètes

Toutefois, comme le savent les entrepreneurs aguerris, il n’est pas toujours aisé de s’installer en Inde : protectionnisme, lenteurs et lourdeurs administratives, complexité fiscale, corruption, manque d’infrastructures, culture professionnelle différente...

Cela, le gouvernement indien l’a bien compris. Pour que sa stratégie de séduction soit couronnée de succès, il fait donc des efforts importants en vue d’attirer les entreprises étrangères.

En arrière-plan : l’agence spécialisée Invest India, qui a pour vocation de faciliter l’installation des investisseurs et des entreprises. Permis de construction, licence d’exploitation, taxation, obtention de visas, connections électriques, permis d’exportation... Toute une panoplie de démarches sont censées devenir plus compréhensibles, mieux harmonisées et, surtout, plus rapides. En gage de bonne volonté, le site de l’agence assure que toutes les questions en ligne obtiendront une réponse en moins de 72 heures.

Des incitations plus administratives que fiscales donc, même si dans certains secteurs, des exonérations d’impôts sur plusieurs années sont aussi prévues.

Le gouvernement indien souhaite également s’attaquer aux autres faiblesses du pays, à commencer par les lacunes de ses infrastructures, propres à décourager les plus motivés. Transports ferroviaires et routiers, équipements portuaires, aéroports, production d'électricité, tout est à améliorer... Les autorités elles-mêmes estiment que cette modernisation nécessitera au total des investissements de 465 milliards de dollars sur cinq ans !

L’on annonce donc des projets titanesques, dont l’incroyable chantier des 100 Smart Cities ou 100 villes vertes et intelligentes à l’horizon 2023, auxquelles pourraient se greffer des centres industriels bénéficiant de ces facilités fiscales mise en place.

Dans le domaine de l’énergie, le gouvernement indien s’est aussi fait remarquer en devenant le chef de file de l’Alliance Solaire Internationale, créée au moment de la COP 21 à Paris, fin 2015. Il s’est donné pour ambitieuse mission de produire 40 % de son électricité à partir des énergies nouvelles d’ici 2030...

Enfin, les autorités indiennes ont bien compris que le programme « Make in India » ne pourrait séduire qu’à condition de disposer d’une main d’œuvre bon marché et directement employable. Or la situation actuelle décourage parfois les entreprises : seuls 2,3 % des ouvriers indiens seraient suffisamment qualifiés et directement employables. Un vrai défi pour le gouvernement, qui a donc lancé en mars 2015 le programme « Skill India » visant à donner d’urgence des formations initiales et continues adaptées à la demande. L’on vise ainsi à former de 500 millions de jeunes d’ici 2020.

Le budget 2018-2019 marque une accentuation de la stratégie de production nationale, avec un renforcement des mesures « Make in India » et d’importants investissements dans les infrastructures. La réponse des entreprises étrangères – notamment dans le secteur aéronautique – est très encourageante.

On peut donc voir que les opportunités d’affaires à long terme existent bel et bien, même si l’épopée des Rafale en Inde nous rappelle trois points importants pour faire de bonnes affaires en Inde : miser sur le long terme, apprendre à négocier « à l’indienne » et, plus que tout, s’entourer de bons conseillers et des meilleurs partenaires.

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